Mission Planète-Urgence
au Parc national de Hwange (Zimbabwe),
27 mars-9 avril 2011

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Journal de mission


– Prologue –
Au retour de la mission précédente (septembre 2009) est né le projet de pompe solaire pour une mare du parc, qui m’a tenu bien occupé pendant l’année suivante - 2010 - et qui a abouti à cette dernière étape. Le matériel est à Sinamatella et je vais en mission PU pour l’installer avec Steve (Stephen Long, naturaliste de l’association DART) sur la mare de Bumboosie-South dont l’ancien pompage diesel est hors d’état depuis plusieurs années.
La petite crise Tenesol s’est terminée ce matin… J’ai réalisé avant-hier que le câble qui manquait dans le chargement arrivé à Harare n’était pas le câble d’immersion mécanique facile à trouver, mais le câble électrique d’alimentation du moteur de la pompe, et qu’on n’avait pas de solution de rechange. Echanges circulaires intensifs, parfois aigre-doux, de messages pendant deux jours entre Tenesol (Thibaud & coll.), Dart (Steve & Trevor), et moi, pour trouver une solution. Finalement Tenesol Lyon envoie le câble par colis express (DHL) chez Trevor à Vic Falls. Fin du processus ce matin. Pfuiiii ! Pas pu voir si Thibaud m’a envoyé le n° de suivi du paquet, car j’ai dû interrompre la sauvegarde interminable de mon laptop pour courir prendre la navette aéroport.

Vendredi 25 mars 2011
Magali m’emmène jusqu’à l’arrêt navette de la place de la Résistance, face au labo. Le bus est à l’heure. Sacs en soute, bisous. J’observe mon premier milan noir de l’année à St-Egrève. Il est juste arrivé d’Afrique quand je prends la route pour y aller. Nous nous croisons. Quelques pages de Régis Debray (Eloge des frontières, épatant, quel style ! un vrai écrivain) et petit somme dans le ronron de la navette.
A St-Ex l’assistante à l’enregistrement est surprise de la brièveté de ma correspondance à Heathrow (1h). Je lui rappelle que c’est sa compagnie, British Airways, qui me l’a proposée. Oui mais il peut y avoir du monde au contrôle de sécurité dit-elle. Petit souci donc.
Une fois dans l’avion je sors mon téléphone pour l’éteindre. Tiens un SMS : c’est BA qui m’annonce que le vol pour Johannesburg est retardé à 23h30. Apologies disent-ils. Bof. Donc pas de correspondance à JNB pour Vic falls et il faudra attendre le lendemain, et passer 24h à Joburg, aux frais de BA j’espère. Bref, nous verrons.
Vol banal jusqu’à Heathrow. Petite bière et snacks à bord. Arrivée un peu en avance, de 10’. Jamais vu arrivée plus fluide. Pas un poil d’attente le long du circuit de correspondance. Je suis sorti du contrôle à 20h05 (19h05 locale). Donc pas de problème pour la correspondance (désormais virtuelle). L’hôtesse BA avait tort.
Comment tuer 3h30 dans un aéroport désert. Sinistre errance. C’est l’heure du dîner. Je me pose au pub ou nous avions mangé avec Laurent l’an dernier. J'ai le souvenir que leur bière était bonne. Je suis à peine installé sur une ligne de banquettes vide, qu’apparaît un serveur accompagnant une ravissante jeune femme brune, habillée sans luxe d’un ensemble jogging gris pâle. Ses yeux rieurs d'un noir profond brillent de quelque chose qui ressemble à la joie de vivre derrière des lunettes de vue médicales, et elle me ravit de la fraîcheur d’un sourire spontané plus que poli. Après qu’elle se fût installée et m’eut adressé un autre sourire auquel je ne pouvais pas ne pas réagir, nous bavardons. Elle va au Cap retrouver des amis pour la semaine. Elle est allemande, sans doute d’origine moyen-orientale, cuisinière dans un grand restaurant proche de Hambourg. Elle commande un verre de vin. On parle un peu vin donc. Elle a beaucoup voyagé, l’Afrique, le Brésil, Les Seychelles (coté peuple),... Moi aussi. Je lui raconte un peu l’Antarctique, mon Afrique, le projet Hwange. Je lui suggère de faire un détour par le parc national si elle en a l’occasion. Nous passons une grosse heure sans temps mort, à flotter sur nos histoires respectives, le vieil homme et la jeune fille, puis elle file à l’embarquement de son vol. Salut Jamila. Une fée est passée, et une heure avec elle, escapade inespérée hors de cet océan d'ennui aéroportuaire.
Je sors l’ordinateur pour rédiger quelques notes. Vers 22h la serveuse en chef vient me dire gentiment qu’elle ferme la boutique. La zone d’embarquement est totalement déserte, les boutiques sont fermées. Le terminal d’embarquement du vol pour Johannesburg n’est pas encore affiché. Téléphone à Magali pour l’informer. Une hôtesse au guichet d’infos devant lequel je passe m’interpelle sans que je l’aie sollicitée et me demande si je suis sur ce vol retardée, m’offre un ticket repas (sandwich plutôt, 5 livres) et m’indique que nous partirons de la porte A18. J’y vais doucement. Mon sac de matériel photo pèse une tonne.
Il y a déjà du monde dans la zone. Je me pose et je bouquine un peu. Fatigue. Debray c’est dense. Pas de place pour l’attention fluctuante. Va pour des pas perdus dans le grand hall pour me tenir éveillé. Sociologie de la population du vol. On approche des 23h30 et l’équipe d’embarquement bruisse vaguement dans son coin, consciente du faux silence qui s’alourdit. Petite intervention d’un personnage autorisé pour nous dire de patienter. Finalement le commandant de bord vient au micro et nous explique qu’ils ont un problème de défaillance technique sur un moteur, qui n’est pas résolu, et qui prendra vraisemblablement encore trois heures, mais qu’il espère pouvoir nous emmener à Joburg ce soir. Des gens commencent à converger vers le guichet et le ton monte vaguement d’abord, puis va crescendo à l’unissson comme un chœur de Bach.
Pas de grogne avérée de mon coté. Pas si commun. Pas vraiment de source de grogne non plus, voilà pourquoi. Arriver un jour plus tard (plus de vol de Joburg à Vic Falls avant le lendemain) ne pose pas vraiment de problème autre que celui de l’inconfort, même si un jour de terrain perdu n’est pas une idée plaisante. Ce soir je n'en ferai pas un plat.
Les fatalistes s’enfoncent dans leur siège, les réalistes commentent l’événement, les furieux ou anxieux assiègent le guichet. L’équipe BA est sur la sellette, assaillie par une petite meute mécontente et mollement agressive. Un grand escogriffe blond en bermuda et tongs, pourvu d’un invraisemblable nez grec démesurément aquilin s’énerve passablement et vocifère à la cantonade. Sa copine sanglote bruyamment, tout aussi blonde, en tenue jogging minimaliste qui laisse naïvement ou complaisamment prendre l’air à une taille, des hanches et un joli nombril. Comme dirait ma sœur en franglais, ça à l’air qu’ils ont un sérieux problème. La maréchaussée même s’en mêle, que je n’ai pas vue arriver. Un policier bardé de tout l’attirail fonctionnel du robocop moderne, quincaillerie d’évidence exhibé pour impressionner le citoyen contrevenant ou rebelle, attire le grand agité dans un coin du hall pour lui administrer l’explication sédative qui s’impose. Et ça marche. Le grand blond se calme. L’avis de grand frais est passé. So british. Thanks to our bobbies.

Une dame m’aborde : « Are you Michel ? ». C’est Evelyne, co-volontaire sur cette mission. J’ignore comment elle m’a identifié. Pas de trace de Martin le 3ème volontaire. Il a du prendre l’avion précédent. Inspiré. Vers minuit et demi ou une heure (j’ai à peine regardé ma montre depuis le début de cette longue attente, plus curieux qu’impatient, ce qui ne me ressemble vraiment pas du tout) le commandant de bord reprend le micro pour nous dire que l’éponge du combat technique en est jetée et le sort avec elle, et que nous passerons la nuit à l’hôtel Sofitel de l’aéroport. Safety first. Le vol est reprogrammé demain à 17h (seventeen hundred comme il dit).
Suit la séquence déjà vécue hélas, de récupération du bagage enregistré, de la file d’attente pour le bon de logement en bavardant avec Evelyne et une jeune française en route pour Joburg, de l’itinéraire incertain vers l’hôtel salvateur, puis de la file d’attente à l’enregistrement de l’hôtel. Nous sommes dans le premier, disons, cinquième de la file. Derrière nous le spectacle est impressionnant. La file qui s’est formée s’étire infiniment en longs méandres dont le cours occupe tout l’immense hall de l’hôtel, à perte de vue. Le congrès des passagers du Boeing 747 du vol BA057 ne s’amuse pas. J’ignore à quelle heure les derniers ont eu leur chambre amis c’était sans aucun doute très tard. Conversation étirée avec mes compagnes de voyage, de commentaires clairsemés, jusqu’au tête à tête avec l’hôtesse d’accueil. Une minute et demi.
Il est 3h lorsque j’entre enfin dans ma chambre. Architecture ennuyeuse et interchangeable des hôtels de luxe. Ces rats n’ont même pas un wifi gratuit. Forfait 6 livres ou rien. Pas de petite bénéfice. So british. Cela me rappelle la livre que coûtait le privilège d’aller pisser chez Harrods à Londres. "Rien n’est gratuit sauf la grâce de Dieu" dit l’héroïne de True Grit… (cf plus loin). C’était déjà vrai il y a un siècle. Mais aujourd’hui, dans le plus modeste des hôtels US on a un wifi gratuit. Contraste avec la vieille Angleterre et sa pingrerie puritaine.
Je colle SMS à Trevor pour l’informer.
Pas le courage de me faire une tisane. Je plonge quasi nu sous la couette.
Emergence pâteuse vers six heures. Brrr, trop tôt. Replongée jusque vers 8h30.

Samedi 26 mars
Petit déjeuner. Buffet plantureux. Thé irréprochable, mieux, louable, bref disons délicieux. Pancake carton pâte, il ne vaut pas ceux du Quality Inn de College-Park ou de n'importe quel Denny’s des US.
Bavardage avec un autre passager à la table voisine qui me demande si je suis des naufragés du vol BA57. Chat, british style, courtois et d'une durée sans excès, compatible avec les règles en vigueur de la bienséance locale.
Check out 12h. Je traîne un peu. Rédaction. Evacuation vers midi. Déjeuner type cantine (spécial naufragés) dans la salle du petit-dej. Pas pire. Sieste ratée sur un canapé du lobby. Cap sur l’enregistrement vers 15h. Le vol est annoncé à 17h. Ils nous font attendre un peu, histoire de tester jusqu’où nous sommes patients. Mais l’ambiance est débonnaire. Le grand blond et sa copine ont disparu. Leur urgence a dû les faire opter pour une solution plus rapide. Je tue le temps dans les pages de Diapason. Célébration de la culture Bach par Gardiner. Pas original, mais le bougre fait très bien les miracles, tellement bien qu’on en redemande toujours, même dans ce firmament baroque mille fois quadrillé mais que les hommes de l'art n’en finissent pas d’explorer.

Finalement il est 18h lorsque le paquebot s’arrache à l’asphalte et fait son chemin abrupt à travers la brume opaque qui coiffe la vieille Angleterre qu’on n’est pas fâché de quitter. J’ai une bonne fenêtre à la poupe du vaisseau. Secteur bruyant (derrière les réacteurs) mais champ de vision raisonnable. Personne sur les deux sièges voisins. Ceux du couple qui a quitté le vol ? Nous émergeons enfin dans le salut triomphal du soleil couchant à demi immergé dans l’océan de ouate sur lequel le vaisseau installe sa croisière. Cap au sud. 9000km à 900km/h ça prend 10h, même pas dur à calculer. Patience dans l’azur donc. Je regarde défiler, gris sales et flous, les filaments nuageux qui passent sous les ailes, comme les verts talus sous les fenêtres d’un train, en sirotant le scotch (J.Walker, bof) que le steward m’a consenti à l’apéritif, que je termine en regardant True Grit (frères Coen) au cinéma Paradiso local. Dîner raisonnable, mais vin blanc d’Espagne proche de ce qu’on fait de pire en la matière. Après le film, bien, je regarde les nouvelles de la BBC. Le monde arabe poursuit l’administration de sa grande baffe renversante à l’occident condescendant et fait le chemin de sa révolution au-delà des frontières, renversant faux présidents, dictateurs et autres tristes potentats dont l’histoire retiendra le passage pour la nuit obscurantiste et rouge sang qu’ils ont infligé pendant des décennies à leurs concitoyens. Réjouissant. Quelle surprise ! Quel espoir ! J'aimerais danser.
Allez, va pour un autre film : Black Swan. Je m’endors rapidement devant mon étrange lucarne. Réveil vers 22h. Coup d’œil dehors. L’indicible beauté du ciel retrouvé de la nuit africaine qui coiffe l’écran noir du monde endormi sous l’avion, me transporte. Orion, plein ouest, plus belle que jamais se glisse majestueusement derrière l’horizon. Dormons. Sommeil à épisodes dans ce confort minimaliste. Mon siège est trop étroit. Examen somnolent, voire somnambulesque, du ciel entre deux épisodes.

Dimanche 27 mars
Vers 6h surprise, la pénombre terrestre laisse apparaître une vaste plaine nuageuse alors que nous sommes à peu près à la verticale de Vic Falls et alors que la saison des pluies est normalement terminée depuis une quinzaine. Dernière offensive de la pluie ? Loin à l’ouest sur le Botswana un gros système orageux s’est développé, dominé par un colossal cumulo-nimbus qui s’enflamme sporadiquement à la lueur des éclairs qui le parcourent du haut en bas.
Petit déjeuner anglais apprécié. Fin de vol sans surprise. Il pleut à l’arrivée à Joburg. Salle de transit déjà pratiquée. Attente puis enregistrement pour Vic Falls. Dernier contrôle sécurité. Café au bar voisin de la porte d’embarquement, avec un petit croissant, même qu’il était bon.
Passage à la boutique hors taxe pour une bouteille de scotch, Famous Grouse, les autres traditionnels étant hors de prix, et deux bouteilles de vins sud-africain, un Sauvignon qui se révèlera médiocre et un cabernet-sauvignon qui nous consolera du précédent. Embarquement et vol sans incident. Le couvert nuageux nous prive du panorama sur les forêts du Zim. Des tours de congestus s’élèvent de partout. Nous passons tout près d’un gigantesque cumulo-nimbus auréolé à son sommet d’une coiffe de beau cirrus. Nos bagages sont au rendez-vous à l’arrivée. C’est Kenneth qui nous attend avec un sourire réjouissant, et un véhicule Dabula, l’entreprise de tourisme de Trevor (dont nous apprendrons de Steve qu’il a fait don de ses véhicules à l’équipe de chauffeurs constituée en coopérative). Une heure de route jusqu’à Hwange-ville pendant laquelle les volontaires se découvrent mutuellement. Martin me fait parler du projet pompe. A Hwange nous retrouvons Steve et Sue (S&S) sur le parking du centre ville comme la première fois. Congratulation habituelles et cap sur Sinamatella (1h environ) avec le 4x4 Toyota de DART/SAVE que nous avions martyrisé pendant la mission précédente.
Nous croisons d’énormes camions de minerai sue la piste juste avant l’entrée du parc national. Une mine à ciel ouvert vient d’entrer en phase d’exploitation. Ambiance lunaire. Ailleurs, le paysage est très vert. Grand contraste avec mes souvenirs des paysages arides de septembre 2009. Une famille d'éléphants nous salue au passage. Un énorme système orageux est en cours de formation au nord de la piste. Une montagne de congestus géants et bousouflés se lance à l'assaut du ciel.
Au camp de Sinamatella je retrouve l’émerveillement du spectacle de la prairie immense au pied de la colline, que j’ai connue uniformément dorée en 2009, et qui est aujourd’hui d’un vert tendre un peu photographique, comme si elle avait été colorisée.
panorama
Nous nous installons, Evelyne dans le cottage en face de chez S&S, dont la pièce principale et la terrasse contigüe sont désormais le domaine commun des volontaires où sont pris tous les repas. C’est à la terrasse de S&S qu’était dévolue cette fonction auparavant. Cette nouvelle configuration les libère un peu de l’omniprésence des volontaires dans leur environnement immédiat, qui devait leur peser bien souvent. Martin et moi sommes installés dans le cottage voisin. L’eau est toujours aussi souvent absente à la douche, moins rare heureusement au robinet.
Après thé ou bière et découverte de l’environnement pour les nouveaux, dîner dans une ambiance amicale. Bœuf à la tomate et riz, gâteau en dessert, le tout excellent. Nous parlons beaucoup, de tout, pompe solaire bien sûr (il n’a pas de réducteur 32/50mm pour la sortie de pompe, Trevor ira au Botswana le chercher, petit-moyen souci), et aussi comptages de nuit, programme Lions qui reprend après un an de non renouvellement d’autorisation dont l’origine se perd dans des méandres politiciennes locales, exploitation de mines de charbon dévastatrice du milieu et entreprises prédatrices, fin des missions PU à Hwange programmée, Trevor et DART, etc... Martin est agronome, il travaille à Bruxelles souvent pour des programmes européens. Il est belge, mais bizarrement avec un fort accent allemand plutôt que flamand, manifestement pas francophile. La réticence des français à s’exprimer en anglais (que lui maîtrise parfaitement) en France l’irrite fort. Je conteste et j’essaie d’expliquer que c’est largement culturel, et aussi dû en partie aux racines latines du français. Evelyne travaille pour l’AFD (Agence Française de Développement). Elle est donc là largement dans son élément. Steve est un peu euphorique malgré le contexte, il se met au scotch ce soir-là, j’en suis baba. Grande première ! Et il en reprend ! Martin et moi étant au diapason, ma bouteille est promise à une vie des plus brèves. Heureusement Martin en a apporté une aussi et il y a un gros reste de Famous Grouse laissé par les volontaires antérieurs, et même une cartouche de petits cigares Davidoff laissée aussi, par d’autres, ou par les mêmes. Beaux restes, et des réserves donc. C’est Byzance. De beaux papillons de nuit envahissent la terrasse. Charmante soirée.
Pas vu un moustique.
Le wifi de Steve est accessible pour la messagerie. Brin d’ombilic avec la planète. J’ai un gros souci avec mon alim PC qui semble ne pas recharger la batterie.
Au lit vers 23h. Demain Bumboosie-la-mare.

Lundi 28 mars
Réveil vers 7h. Grand beau temps. Beau lever de soleil sur la brousse arborée. Le petit déjeuner est semblable au souvenir que j’en avais. Toasts un peu flasques, la margarine n’empêche pas qu’ils vous collent aux dents. Mais le thé est correct, et les céréales bienvenues. Globalement positif.
Je branche mon PC. Le voyant de charge dit qu’il est en charge mais la batterie continue à se décharger. Souci plus plus. Je relance par courriel T. Vibert (Tenesol, vendeur de l’équipement) pour le n° de suivi du colis du câble.
transport Hillary, étudiant stagiaire en séjour au camp, arrive. Jovial et empressé. Préparation du Toyota et chargement de la remorque avec une partie du matériel. Nous partons vers 10h. Arrêt au stock d’équipement logistique du camp, genre cimetière de voitures, où nous sélectionnons quatre poteaux de bois à peu près droits qui porteront la structure des panneaux solaires. Ils sont arrimés sur les arceaux de protection du véhicule au moyen d’une corde. Puis route vers Bumboosie-South. La piste est une épreuve. L’arrimage des lourds poteaux n’y résiste pas. Il faut le consolider en route. Il faut aussi quelquefois chercher son chemin. Des impalas s’en écartent en longs bondissements effrayés. Arbre en travers qu’il faut contourner. Fondrière dont la traversée n’est pas acquise d’avance. Mais Steve a déjà fait le parcours récemment. Point d’orgue, la traversée du lit de la rivière Bumboosie juste avant d’arriver. Enormes cahots. Steve au volant, souverain.
traversée Bumboosie Une fois sur les lieux du campement près d’un cabanon de tôle utilisé par les rangers, le matériel est débarqué et transporté sur l’emplacement du pompage à cent cinquante mètres environ.
Première préoccupation, quel emplacement choisir pour les panneaux solaires. Le secteur est pas mal arboré et le bon choix n’est pas évident. Et nous avons oublié de prendre une boussole, mais Steve est assez sûr de son nord (et je me botterai les fesses plus tard en réalisant que j’avais une montre à aiguille au poignet, qui avec le soleil nous aurait donné le nord assez précisément et nous aurait évité de faire une erreur appréciable). Finalement nous choisissons un emplacement libre de grosse végétation, qu’il sera facile de dégager pour l’ensoleillement, et qui est à environ onze mètres de la tête de puits. En avant pour les fondations des poteaux avec les premiers coups de pioches des trois jeunes et vaillants terrassiers embauchés par Steve pour ce travail, qui se mettent à l’ouvrage avec le sourire. Ce sourire sera mis à l’épreuve après les vingt premiers centimètres lorsque le sol devient tellement compact qu’il est très difficile de le piocher. Et l’eau pour l’ameublir n’y fait rien. Et il fait déjà bien chaud.
well head Nous procédons à une premier examen de la tête de puits pour l'installation du nouvel équipement. Steve commence à travailler au descellement du cadre métallique de l’ancien pompage, qui s’annonce difficile à défaut d’outillage approprié. Les scellements sont solides et il va être difficile d'en venir à bout.
Travail interrompu pour un déjeuner rapide et très, trop, léger. La limite de la frugalité acceptable. Sue s’en excuse. Ils ont été un peu pris de court pas les circonstances.
Il faut ensuite aller chercher du sable dans le lit de la Bumboosie, puis du gravier et des pierres sur un plateau caillouteux, pour le béton des fondations.
Il faut aussi recouper deux des poteaux pour assurer la pente du plan de panneaux. C’est l’occasion pour moi de découvrir l’ingéniosité des haches traditionnelles (et un peu cérémonielles semble-t-il) du peuple Shonga dont le plan de lame peut être pivotée de 90° pour les besoins du tailleur, et ainsi transformé en herminette. Instrument d’une redoutable efficacité. A ma grande surprise en dix minutes les deux poteaux sont raccourcis. Triomphe modeste de Steve sur mon scepticisme affiché.
poteaux niveau béton
Mon GPS épuise pitoyablement ses batteries sans réussir à comprendre après deux heures de vaines réflexions qu’il a changé d’hémisphère. Quelle buse.
Fin de la journée de travail vers 17h30. Il a fait chaud. Les quatre poteaux sont montés bien droits, le pied dans une bonne chique de béton, et les sommets sont alignés. Le Toyota nous a servi d’échelle pour les alignements en hauteur. C’est justement l’heure du thé dit Steve en bon sujet de Sa Gracieuse. La suite demain.
Fin d’une longue journée sueur et poussière, et retour à Sinamatella. Au fil de la piste, une harde d’éléphants défile au loin dans une prairie, et quelques girafes qui pâturaient le bord de la piste, prennent leurs distances en ondulant, au passage du véhicule.
Bière réparatrice à l’arrivée. La batterie de mon PC a chargé. Je n’y comprends rien. Messagerie : T.Vibert a répondu en envoyant la copie du bordereau d’expédition DHL, sans commentaire. Le colis a été expédié ce matin, au lieu de vendredi. Je suis vert de rage. Ces gens se moquent de leurs (petits) clients. Il faudra y réfléchir à deux fois avant de racheter du matériel Tenesol. Message à Magali. Pas de nouvelle du bagage de Martin. Il fait une lessive en arrivant.
Repos vespéral. Scotch, cigarillo. Dîner agréable. Martin est rouge brique. Evelyne le biafine maternellement.

Mardi 29 mars
6h30, La plaine est belle dans la lumière de l’aube, nimbée d’une brume sur laquelle se détachent les grands arbres, et qui la rend un peu mystérieuse, encore plus belle. Garbo sous sa voilette.
Steve avait installé un piège photo pour la nuit (Bushnell Trophy Cam) : civette, porc-épic, hyène (traces de hyène devant notre cottage). Cet instrument m’intéresse.
J’essaie à nouveau de démarrer mon GPS. Il rame, interdit.
éléphant Steve nous signale un éléphant habitué du coin qui pâture un carré d’herbes hautes près d’une maison au bout du camp. Débonnaire, il se laisse photographier, mais il sait vous faire savoir avec ses grandes oreilles quand ça suffit. Et on n’insiste pas. Steve raconte qu’à Vic Falls lorsqu’un éléphant s’intéresse à un jardin où il a aperçu quelque gâterie, il n’entre pas par la porte. Ça fait une brèche dans le mur d’enceinte. Et en général il ne ressort ni par la porte ni par où il est entré. Ça fait deux brèches dans le mur. Alors cessez de maudire les campagnols terrestres qui se gavent de vos carottes.
Petit déjeuner. Steve nous raconte qu’il n’y a pratiquement pas d’accident avec les lions. Mais l’an dernier un campeur dans un parc est allé la nuit aux toilettes, et n’est jamais reparu nulle part. Fugue peut-être ? Trêve d’histoires drôles, il faut y aller. Préparation des sacs pour trois jours et deux nuits de brousse.
Coup d’œil entre deux étapes à mon GPS qui cogite sous le ciel indéchiffrable. Ah ! Il a un trait de génie et me demande si je me suis déplacé de plusieurs centaines de km depuis la dernière utilisation. Je confirme (90 centaines…, mais impossible du lui donner le chiffre). Il réfléchit encore et finit par attraper un par un ses satellites et m’annoncer « Prêt à naviguer ». Redoutable algorithme.
déchargement Chargement en douceur des panneaux solaires dans le Toyota. Matériel de camping et réserve d’eau dans la remorque chargée comme un chameau. Départ vers 9h15. Arrivée à destination une grosse heure après. Un bidon de la réserve d’eau s’est renversé dans les cahots. Il faudra être économe en eau.
Déchargement des panneaux. Un emballage est abîmé mais le panneau est intact. Nous filons sur le chantier. Installation des étriers de fixation du cadre au sommet des poteaux, qu’il faut ménager car le ciment est encore frais. Mise à niveau au moyen d’une bouteille d’un demi-litre d’eau minérale presque pleine qui fait office de niveau à bulle. Le montage du cadre support des panneaux tourne au casse-tête. Impossible de trouver la bonne configuration d’assemblage. Finalement il apparaît que les trous de fixation des traverses intermédiaires sont percés à 20mm de leur position nominale. Et la perceuse est un instrument inconnu dans la brousse. Bravo Tenesol, et merci. La liste de leurs exploits s’allonge d’un fait d’armes supplémentaire (le bilan de leur prestation qui leur sera adressé sera mis sur la page du projet). Steve me propose de faire des trous de broussard. Je décline prudemment sans chercher à savoir comment il s’y prendrait. Finalement je propose la seule solution qui me semble raisonnable. Nous fixerons les deux traverses intermédiaires avec des colliers nylon et Steve percera les trous à la bonne position plus tard avec des moyens conformes. Vendu. L’assemblage est terminé en fin de matinée.
bracketscadre panneau1panneaux
Steve essaie encore de desceller le cadre de la tête de puits. Peine perdue. Les ancrages et le béton tiennent bon.
well-head_2 Le déjeuner est plus consistant que celui d’hier.
Lorsque nous interrompons le chantier vers 17h une bonne partie des panneaux est en place. Chouette ! les filles ont monté les tentes. Je partage avec Martin une tente spacieuse de deux pièces. Installation rapide puis tour de pose de pièges photographiques à la mare. Puis préparation du feu de camp. On brûle du bois sec de mopane, combustible incomparable, collecté à chaque occasion lors des parcours en voiture. Sue et Steve se mettent à la cuisine.
Longue soirée autour du feu. Dîner de bûcherons, pâtes et viande, et gâteau, et bière. Ambiance magnifique de nuit d’Afrique. Histoires de braconniers et de buveurs incorrigibles. J’ai du mal à comprendre l’anglais d’Hillary. Sue a même pensé à prendre la bouteille de scotch. Fumette (tabac).

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bivouac Sue Intermède science-fiction, la station spatiale (ISS) passe, brillante, au dessus de nos têtes. Je raconte un peu l'aventure AMS et la physique du rayonnement cosmique, etc…, et le lancement du 19 avril de la navette emportant AMS02 pour l’installer sur l’ISS, auquel je dois assister (sera reporté et finalement je n’irai pas). cf http://lunaf.com/english/live-data/iss-international-space-station/
Orion est sur l’horizon. La Grande Ourse la tête en bas me donne le mal de mer. Les appels sonores des (petits ducs) scops résonnent aux quatre coins de la nuit. Je m’endors un peu devant le feu.
22h, il est temps d’aller au lit. Horreur ! j’ai oublié mon sac de couchage à Sinamatella. Quelle buse je fais. Heureusement, Sue en a un en réserve. Sauvé.
Je ronfle un max et le pauvre Martin me pousse gentiment du doigt pour essayer d’enrayer le vacarme. Le pas d’un animal assez gros près de ma tête à l’extérieur de la tente me réveille quelque part dans la nuit. Civette ? Elle reste là un moment. J’entends un souffle. Puis j’écoute le magnifique sifflement modulé du pearl spotted owl. La voix suave de la pub d’Air France me dit « Vous rêvez que vous êtes en pleine brousse, sous la voie lactée et un milliard d’étoiles, la croix du sud vous regarde, vous êtes bien ». Ô combien. Je me rendors.

Mercredi 30 mars
Réveil vers 6h30. Je traîne les pieds dans mon duvet. La tente est trempée de condensation. Averse intérieure en me levant. La rosée baigne l’extérieur.
Petit déjeuner au soleil levant. Thé, céréales, toast à la margarine. Ambiance de petit matin. Ciel clair. Grey headed sparrow au sommet d’un arbre. Cri du crested francolin, puis du Swainson francolin plus tard. Des tourterelles du Cap (Cape Turtle Dove) partout. J’examine en sirotant mon thé le coin de nature où nous sommes posés. Forêt clairsemée de mopane, plus dense en arbustes, mais milieu assez ouvert cependant. 8h15, nous poussons le Toyota pour le démarrer et aller faire une visite à la mare à deux pas du campement et une corvée d’eau par la même occasion. Je découvre enfin la mare de Bumboosie-South. lamare2 Elle est longue de 80m environ et large de moins de 20m, avec un abreuvoir en ciment coté pompage, dans lequel arrive la canalisation. Elle est à une distance du pompage – une bonne soixantaine de mètres - que Steve n’avait pas mentionnée. Un peu préoccupant car ça signifie perte en ligne et débit moindre pour la pompe. Heureusement la tuyauterie est d’un bon diamètre, 50mm.
Il faut pousser à nouveau le 4x4 pour repartir. Cri claironnant du tropical bubu (prononcer boubou). Je découvre dans le cabanon une boite de visserie, oubliée là par Steve, et qui nous a un peu manqué hier.
Deux grands vautours patrouillent en cercle au-dessus de la mare.
finpanneaux Vers 10h la pose des panneaux est terminée. Installation de l’onduleur. Branchement des connexions. Installation de la liaison électrique à la terre, soigneuse, ça pète souvent ici. Contrôle de la tension du réseau de panneaux : 165V, valeur un peu inférieure à la valeur nominale, mais pas de quoi s’inquiéter, les conditions de fonctionnement n’étant pas celles de référence. Mise sous tension de l’onduleur. Le voyant vert s’allume. Pas de tension de sortie mais cela ne me semble pas anormal en absence de l’impédance moteur dans le circuit.
Les batteries du Canon sont épuisées. Chargées hier soir, neuves, achetées avant da partir, 2700mAh (marque GP), j’enrage.
16h, fin du chantier, pour cette étape. Steve a élagué un peu un arbre voisin en coupant une grosse branche qui ferait de l’ombre sur les panneaux en fin d’après-midi.
Le Toyota garé pour servir d’échelle sous les panneaux ne veut pas démarrer. Steve nous fait le reculer à la main puis le lancer sans sortir d’entre les poteaux (15cm de chaque coté, sans les rétros…). Je tremble. Après deux échecs je lui demande sans rire, avec l’approbation des autres, qu’on sorte le véhicule à la main de cet emplacement pour le lancer. Ce qui fut fait. Bizarre, car Steve est tout sauf ce qu’on pourrait déduire de ce genre de comportement.
L’outillage à disposition pour ce chantier a vraiment été totalement calamiteux, bien en dessous de ce que je considérais comme invraisemblablement pauvre. Grand dénuement instrumental. Perte de temps et d’énergie, blocage total dans certains cas comme l’enlèvement du cadre de la tête de puits.
Nous disposons d’une trousse incluant un jeu de clés plates, une clef à molette, une pince universelle, et un (ou plusieurs ?) tournevis. Pas d’échelle, c’est le Toyota qui a servi d’échelle (cf photos), pas de marteau, pas de scie à métaux ou autre de moyen de coupe des métaux, pas de niveau à bulle, aucun moyen de perçage, tous instruments qui ont cruellement fait défaut. C’est un gros morceau de bois qui a servi de marteau en plusieurs occasions.
Heureusement, pour le chantier de terrassement, pelles et pioches étaient disponibles. Mais aucun outillage pour l’équipement électrique (pince à dénuder, contrôleur, etc…). Sur ce dernier point, j’avais un peu anticipé cette situation et apporté avec moi un outillage minimum, dont un contrôleur électrique, que j’ai laissé à Steve.
S’il doit y avoir une seconde phase à ce projet, il faudra s’équiper d’une boîte à outils digne de ce nom. J’en discuterai avec Steve.
En pensant à tout cela, une tasse de thé à la main, j’observe dans un petit orifice du sol les soldats fourmis aux allures de gladiateurs qui engrangent leurs provisions d’hiver (photos, macros). Ils n’aiment pas du tout que je les gratouille.
Un moineau-tisserin à sourcils blancs (white-browed sparrow-weaver) appelle frénétiquement sur une branche d’un arbre mort, une brindille au bec. Une femelle arrive, intéressée peut-être, et se pose à distance prudente, sur la même branche. Le piaf lâche sa brindille et sautille sur place en piaillant un long moment, comme s’il hésitait à passer à l’acte. Puis il s’approche l’air de rien de la femelle, toujours en sautillant, lui bondit prestement dessus et entreprend une vigoureuse copulation. Ah le mufle ! la femelle esquive d’un coup d’aile et s’enfuit. Déçue ? Outrée par le malotru ? Qui sait. L’amour en tous cas est rude chez les moineaux-tisserins. On est loin des délicieuses et attendrissantes préparations puis galipettes amoureuses et bisouillages interminables des délicieux becs d’argent de Waza, grands romantiques devant l’éternel (cf journal de Waza).
Toujours pas vu un moustique, enfin, juste quelques-uns, le soir. Mais aucun avec les chaussettes à rayures redoutées de l’anophèle…
Vers 17h, tour à pieds du coté de la mare en revenant par le pompage. La prochaine fois je mesurerai la distance mare(abreuvoir)-pompage pour pouvoir évaluer la perte en charge. Mais il n’y aura pas de prochaine fois, et je devrai demander à Steve de s’en charger. Au passage sur le chantier, nous nous disons en observant l’édifice que notre plan de panneaux solaires a un air déplorablement édenté avec ses 9 panneaux dans une configuration de 10 (5x2). Pourquoi la société Tenesol n’a-t-elle pas proposé 3x3, ce qui était plus simple et plus élégant que 5x2-1, probablement parce que le bureau d’études avait cette version toute prête dans ses cartons et que cela évitait de passer deux heures à dessiner une structure appropriée. Pas de petites économies, même quand la société mère (Total) fait 10 milliards d’euros de bénéfices annuels.
Ensuite, Steve veut aller rechercher avant la nuit une mare saisonnière que lui ont signalée les rangers et sur laquelle il voudrait installer un piège photographique. Mais il ignore l’emplacement exact de cette mare. Nous partons donc à sa recherche, au sud du campement, dans un milieu très ouvert clairsemé de buissons et d’arbres sur un sol largement nu, lessivé par les pluies, raviné parfois, sur lequel l’herbe reprend pied par endroit. Le milieu est assez uniforme, nous n’avons aucun moyen d’orientation (panne de piles sur mon GPS !) et je ne suis qu’à moitié rassuré. Mais Steve et Sue naviguent en confiance. Bon, suivons le mouvement. La vadrouille exploratoire est agréable dans la belle lumière de la fin du jour. Après une bonne demi-heure nous revenons sur nos pas vaguement en cercle et finalement nous trouvons la mare. Steve y installe un piège et nous revenons vers le camp. Il est bien temps car le soleil est bas. Je serais complètement incapable de retrouver le camp tout seul et j’ai quelques doutes sur ce qui va suivre. Mais l’homme du terrain et sa compagne connaissent leur milieu et nous ramènent à nos pénates sans grande hésitation. Je suis content d’apercevoir les tentes travers les arbres.
Préparation du feu et du dîner pour Sue et Steve.
feu araignée Seconde soirée en brousse, second concert à plusieurs voix des scops. Ce tout petit hibou est (discrètement) présent dans toute l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Le charme agit de nouveau. La nuit est belle. Un léopard feule. Petit frisson de plaisir exotique. Visite intéressante d’une araignée babouin. Joli monstre. Mais pas trop envie de l’avoir dans mon lit. Nous buvons un peu. Longs moments de silence rêveur devant le feu qui rougeoie. Puis chacun se retire sous sa toile.

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Jeudi 31 mars
Nuit paisible. Lever vers 6h30. Tout est mouillé comme hier. Rosée abondante. Steve me dit que des éléphants sont passés et qu’un léopard a feulé tout près. Je n’ai rien entendu. Le ciel est couvert. Drôle de saison sèche.
Sue a quitté sa tente pour aller installer une petite tente à l’écart, dévorée qu’elle était par les fourmis. Il en eu fallu plus pour faire bouger Steve qui bougonne vaguement dans sa moustache.
Petit déjeuner ordinaire. Je prends le temps ensuite d’examiner le moteur et la pompe qui doivent être assemblés mécaniquement. La procédure se déduit sans difficulté de l’observation attentive des deux éléments. Steve est d’accord.
Nous sommes totalement envahis par les fourmis. Elles s’introduisent partout, dans les vêtements, dans les sacs, dans la vaisselle, c’est infernal. J’interpelle une tique qui prenait ses aises en s’installant sur mon épiderme pour un repas gratuit, et je l’expulse. Je commence à ranger mes affaires.
array Après un tour sur le site des panneaux pour vérifier que tout est en ordre et dire bonjour aux terrassiers qui terminent leur ouvrage, et après un petit café, nous entreprenons les préparatifs du départ, rangement des affaires personnelles et pliage des tentes. Bizarrement Martin n’est pas là, et je ne l’ai pas vu depuis un moment. Les autres non plus. Je suppose qu’il est allé jusqu’à la mare. Je sors ses quelques affaires de la tente et je la plie. Mais son absence devient préoccupante. Steve s’en inquiète aussi et commence à taper sur un couvercle de marmite. Hillary qui revient du chantier tape sur le cabanon de tôle ondulée. Enfin au bout d’un moment nous entendons un cri au loin. Et finalement Martin réapparaît, souriant : “Its amazing how easy it is to get lost here !” et il ajoute “I was really lost. I only had half a bottle of water and half a roll of toilet paper to survive…”. Il était allé aux toilettes,… un peu trop loin. Le sentiment que j’avais hier soir d’un milieu dangereusement ‘paumatoire’ comme on dit chez les (vieux) montagnards, est confirmé.
Je discute avec Steve la rémunération des terrassiers qui sera prise en charge par le budget du projet. Steve est d’accord. Le salaire normal est de 5$US par jour. Je propose qu’on les paie le double pour leur exprimer notre reconnaissance. C’est bien payé mais pas au point de les mettre en difficultés avec leur communauté, et cela ne grève pas réellement le budget du projet.
Nous partons vers 10h40. Petit détour pour relever les pièges photos. Il y a un éléphant sur la mare, amputé d’une partie de sa trompe. Collet ? girafes Quelques girafes nous regardent passer. Le cric du 4x4 est mal arrimé et brinqueballe derrière mes oreilles dans un potin de tous les diables. Nous arrivons à Sinamatella vers midi. Déchargement du monceau de tout entassé dans la remorque.
Après trois jours de brousse nous somme hirsutes, poisseux, vaguement odorants, mais ce n’est pas pire qu’au bout d’un raid à skis.
Sue a préparé des sandwiches pour le déjeuner. Bonne idée. Steve est allé aux nouvelles : le sac de Martin est enfin arrivé. Il est à Hwange-ville. Nous regardons les photos des pièges : éléphants, babouins, zèbres, phacochère, et… léopard. Belles pêche. Sandwiches.
L’écologiste professionnel du parc aurait besoin d’un moyen de mesurer les débits d’eau des mares. Steve demande si on pourrait l’acheter au titre de la boîte à outils. Accord de mon coté. On en reparlera.
Vers 16h30 nous partons pour la mare de Baobab. La piste qui y mène contourne la colline de Sinamatella et passe sous le camp. Je vois un bâtiment du camp depuis la prairie d’en bas pour la première fois. Nous croisons quelques girafes, puis nous visitons en passant une ancienne installation photovoltaïque. Environ 1500W installés, panneaux Siemens. Il serait intéressant de voir s’ils sont en état de fonctionnement. Plus loin en roulant, j’aperçois deux têtes fauves pourvues d’oreilles rondes qui émergent dissimulées derrière un tronc couché et qui nous observent. J’alerte Steve qui s’arrête. Un des deux jeunes lions file en rugissant vaguement son mécontentement d’être ainsi dérangé. J’ai juste le temps de faire une mauvaise photo.
mare La mare de Baobab est superbe. Elle a été récemment équipée d’une pompe solaire mais dont le débit est trop faible pour être utile. Le donateur, une entreprise spécialisée dans l’électricité solaire, fait son éloge sur un panneau publicitaire conséquent. Je grimpe dans la structure pour voir les panneaux. Il y a 450W installés. C’est une pompe pour jardin d’enfants. Le problème c’est quelle occupe le forage. Retour. Comme toujours le soir, les pintades et les francolins courent sur la piste en se dandinant à l’approche du véhicule, puis détalent de toutes leurs pattes en criaillant lorsqu’elles sont rattrapées, pour finalement se calmer sous le couvert des fourrés lorsque nous passons à leur hauteur.
Piafs du jour : vole de red billed quelea (tisserins), paradise whydah (gobe-mouche spectaculaire, queue immense), Arnot’s chat, african golden oriole (loriot africain), Swainson’s francolin.
18h, crevaison à 500m de l’entrée du camp. Nous sommes des pros. Roue changée en cinq minutes, six peut-être.
Une grosse averse se déclenche alors que nous sommes juste arrivés. Pas une goutte d’eau du 15 mars au 15 novembre qu’ils disaient… pluie Le bagage de Martin est arrivé. Il est aux anges. Mais son rythme de lessive changera peu néanmoins. Détente après la douche (au seau rempli au lavabo).
Vers 19h Steve nous briefe sur la suite de la mission. Demain on se lève tôt. Nous partons pour deux jours de brousse dans le secteur de Guya/Kiwizi pour le suivi des rhinos noirs.
Mon PC a planté, batterie à plat, alors qu’il était branché. Je n’y comprends rien de rien et je suis inquiet. Je le laisse en charge pour voir.
Scotch à l’apéritif. Bon dîner. Fin de soirée un peu morne. Tout le monde fatigué. Au lit vers 22h.
Mon PC a chargé. Totale confusion. Bref.
Je lis quelques pages de "C’est une chose étrange à la fin que le monde" (J. D’Ormesson). J’aurai peu l’occasion de le faire dans les jours à venir. Savoureuse ballade à travers les origines du monde sous l’œil goguenard du « Vieux », et confrontation avec la foi (de l’auteur), d’une écriture trempée dans l’encre du bonheur de vivre. C’est grave et léger à la fois, et rayonnant, lumineux, comme un verre de blanc de Savoie un peu perlant un matin d’été. Un régal.

Vendredi 1er avril
Réveil 5h15. Le jour n’est pas levé. On entend crier les engoulevents dont l’appel ressemble un peu à celui des whip-poor-will nord-américains. Martin dort toujours.
Deux mignonnes petites grenouilles disparaissent prestement dans la cuvette lorsque j’éclaire les toilettes. Les mêmes qu’à Tanguieta peut-être (Mission Pendjari, Bénin, 2008) ? Symbiose intéressante, qui les prémunit contre une saison sèche sans eau à l’extérieur, même s’il y a un prix à payer... Je fais sans conviction une vague toilette de chat. Puis je me dirige vers le petit-déjeuner. Steve et Sue ont déjà tout préparé.
Tandis que je suis attablé avec Steve, dans la trainée d’une nuit un peu courte, Martin arrive et nous déclare jovialement : « I had a good shit already, so that I won’t have to go to the bush ». Un silence de petite stupeur suit cette déclamation. Je le romps en racontant que j’avais été il y a deux ans en mission PU avec une volontaire qui était très préoccupée de la régularité de son transit intestinal et qui en faisait aussi volontiers état.
Puis, nous petit-déjeunons. En sirotant mon thé entre deux bouchées de toast, je médite sur cet épisode scato-burlesque, et je réalise que finalement, Martin n’a fait qu’anticiper une réponse au « Comment vas-tu ? » habituel, qui n’a à l’origine pas d’autre sens. Cette incrustation de la préoccupation organique fonctionnelle de chacun dans le lien social, polie par quelques siècles d’usage, remonte au moyen-âge. Il a donc seulement indiqué sous une forme un peu abrupte, qu’il « allait bien ». Cela me rappelle aussi le propos de Mme Asencio qui nous gardait les enfants jadis, et qui confiait un jour à Magali en chuchotant sur le ton de la confidence privilégiée à propos d’un ingrédient de leur alimentation : "..Et puis, ça fait aller !…". Nous en avions ri. Pas de quoi se formaliser outre-mesure donc. Cette réflexion m'amuse beaucoup intérieurement. Retour aux fondamentaux. Martin va bien, c’est sûr.

Les gardes du parc arrivent. L’un d’eux me reconnaît comme un ancien volontaire Planète-Urgence. C’est Thinkwell que j’avais eu l’occasion de côtoyer lors de la mission précédente. Il est bien plus physionomiste que moi, car je ne l’aurais pas reconnu. Nous allons passer trois jours de pistage des rhinos noirs avec eux, Thinkwell Nyathi et Mudenda Cleitos (Th & M).
Départ vers 6h30. Après un bout de route, la piste traverse la petite chaîne de montagne au nord-est du camp. Elle devient vite très raide. Le Toyota se met à patiner sur la pierraille dans un passage encore plus raide. Steve doit s’y reprendre à trois fois pour le franchir. J’ai bien cru que ça ne passerait pas.
Une fois sur le site, nous déchargeons rapidement le véhicule. L’installation est remise à plus tard et nous partons, après de rapides préparatifs, sur les traces du rhinocéros noir. Il est 8h.
briefing Les traces il faut d’abord les trouver. C’est ce à quoi s’attèlent nos deux rangers avec conviction. Le succès ne se fait pas trop attendre. brousse Après un petit quart d’heure, ils trouvent une empreinte, que je n’aurai jamais identifiée comme telle, on distingue vaguement un orteil latéral et un bout du frontal, mais c’est cela avoir du métier pour un pisteur de rhinos. Puis ils en trouvent une autre en suivant la direction indiquée par la première, bien plus convaincante, et elle est récente. Puis ils trouvent des traces de passage dans les buissons où l’animal a brouté l’extrémité des pousses, puis summum de l’art pisteur, ils identifient un pipi récent sur les feuilles des basses branches d’un buisson – le rhino noir balise son territoire comme les fauves. Le rhino pisse brun, qu’on se le dise ! (photos, pièces à conviction). C’est un peu le casse-tête car l’animal semble avoir beaucoup zigzagué, à la recherche sans doute des meilleurs produits locaux. Finalement après une petite heure à louvoyer, il a décidé d’aller dormir sans doute et tiré tout droit à travers le taillis et la forêt.
pipi pistage1 empreinte L’ambiance est fantastique. La beauté du décor ajoute à la fascination du jeu de piste. Il ne fait pas encore trop chaud. La brousse arborée resplendit dans la lumière du matin. Des babouins hurlent, pas loin. Un groupe d’impalas s’enfuit à notre approche. Des tapis de hautes graminées offrent complaisamment leur beauté dorée à la contemplation du passant. Un grand vautour (white backed) tourne au-dessus de nos têtes. La fête de la nature.
Les rangers nous initient à la survie dans la brousse : consommer des noix de baobab. Leur saveur acidulée agréable en fait une confiserie naturelle très appréciée des gardes du parc qui les collectent et en bourrent leurs sacs pour les consommer pendant leurs patrouilles. En marchant Steve s’interroge. Pourquoi le rhino noir (nocturne) va-t-il dormir (le jour) à des lieues de son abreuvoir qui regorge d'endroits accueillants où il serait très bien et où il pourrait pâturer en toute quiétude et dormir ensuite sur place ? Bonne question. J’ajoute qu’on peut se demander ce qui au cours de l’évolution a généré et sélectionné un tel comportement. Un danger prédateur diurne lié aux points d’eau et qui aurait obligé l’animal à aller se mettre en sécurité pour dormir dans un secteur où ce danger était absent, peut-être ? En tous cas, la vie serait plus simple pour nous s’ils dormaient sur place autour des mares, les bougres.
Nous trouvons sur le chemin un sac de noix de baobab coincé dans les branches d'un arbre. Entreposé là soit par des rangers soit par des braconniers.
Steve sac noix pistage2 repos
Thinkwell nous suggère d’interrompre là la traque car nous avons déjà bien marché et notre rhino semble être sur une longue déambulation, il a pu poursuivre sa route sur 5, 10 ou 15km supplémentaires. Infatigables colosses.
seigneur Il est 10h, repos au pied d’un grand baobab. Chacun se désaltère et grignote un peu. L’herbe est confortable. Il commence à faire bien chaud. Mais les meilleures haltes ont une fin, et il faut bien retourner sur le camp de base. Longue marche. Je suis bien chargé avec mon lourd équipement photo. Le cagnard est bien dur aussi, et je mouille la chemise abondamment. Mais le plaisir de randonner dans ce monde préservé et ses beautés transforme l’épreuve en ballade. Beau terrier d’oryctérope en passant.
Argh ! je fouille ma poche droite. J’ai perdu ma montre. Comme elle me gênait à mon poignet, je l’avais mise dans cette poche et elle en est tombée sans doute quand je me suis couché dans l’herbe au pied du baobab les genoux en l’air. Beuh ! Ma jolie Poljot Aviator russe. J’enrage, contre moi surtout, car j’avais des poches fermées desquelles elle ne serait pas tombée.
Retour au point de départ vers 11h40. Déchargement de la remorque, installation des équipements collectifs dont un chapiteau genre tivoli de jardin sous lequel nous prendrons nos repas.
Comme nous nous apprêtons à monter des tentes, Steve nous appelle. Thinkwell vient d’avoir un contact avec une autre équipe de rangers qui a trouvé ce matin trois rhinos qui dormaient, pas très loin d’ici. Nous regardons la carte pour situer l’endroit avec les coordonnées GPS transmises par les observateurs. C’est jouable. Steve et Thinkwell décident de la meilleure approche. Nous avalons une tasse de thé et nous filons. Il est 12h45. Il faut une vingtaine de minutes au Toyota pour nous amener au départ choisi.
Thinkwell nous dit que les animaux ont bougé depuis ce matin. Nous trouvons rapidement des traces de traversées de la piste qui s’enfoncent dans le bush. Une autre longue traque commence. Quelques grands baobabs multiséculaires dominent le paysage et nous regardent passer depuis un flanc de colline proche. Après un long moment, sans doute allongé par le soleil implacable, nous trouvons une bouse fraîche, très typique, car le rhino disperse ses bouses en les grattant de ses pattes arrière, ce qui leur donne une configuration unique facile à identifier car elles sont étalées sur deux longues traînées. Les nouvelles vont vite dans la brousse car la bouse grouille d’insectes et elle est couverte de papillons. Les bousiers s’y enfouissent (et se gavent ?) avec une vigueur et une avidité qui font plaisir à voir. Tous les stades y sont représentés. Certains arrivent en vrombissant, d’autres font de l’immersion dans cet océan de bonheur défécatoire, d’autres encore confectionnent leur boulette, et quelques uns sont déjà dans la logistique et roulent leur miche à l’écart vers leur lieu de stockage. Certains s’empoignent même pour défendre leur bien, avec de petits délinquants qui cherchent à s’éviter le travail (photo). C’est vraiment drôle.
Long, très long cheminement au cours duquel se succèdent les empreintes de pattes, les bouses de plus en plus fraîches, et les marquages pipi. La dernière bouse est encore tiède selon Thinkwell qui la touche du dos de la main. Une souille récente est observée à proximité qui marque l’endroit où l’animal s’est couché. Il n’est pas loin. Thinkwell entend deux souffles caractéristiques du rhino (semblable au souffle d’ébrouement du cheval). Mais de rhino point. Il est 16h, il fait très chaud, tout le monde est fatigué, nous avons grignoté 3 biscuits depuis ce matin 6h, Steve propose (décide) d’arrêter là. Retour morose au véhicule puis au campement.
Petite restauration d’urgence avec les sandwiches préparés diligemment par Sue, puis montage des tentes et installation des effets personnels. Corvée de bois pour le feu. Allumage avant le coucher du soleil et préparation du repas.
En attendant je zoizote un peu en observant une femelle de loriot africain qui s’active beaucoup et bruyamment dans un arbre proche (crocodile bark tree). Le mâle est présent mais je n’arrive pas à l’observer correctement. Appel rauque et sonore qui rappelle un peu la buse (loin du sifflement claironné du loriot d’Europe donc). Très commun selon Steve (quatre observations pour moi pendant la mission).
Dîner : poulet aux arachides et riz. Très bien. On parle pompage et braconnage pour changer. Je raconte la perte de ma montre. Steve me dit qu’on va aller la chercher. J’objecte que je ne veux pas qu’on perde du temps à ça. Je m’endors deux fois devant le feu avant de jeter l’éponge. Hurlements des hyènes en allant me coucher.

Samedi 2 avril
J’ai beaucoup ronflé je crois, et perçu du fond de mon sommeil les tentatives désespérées de Martin pour enrayer le vrombissement. Le crépitement du feu allumé par Steve me réveille vers 5h45. Petit déjeuner expédié. A 6h30 nous embarquons sur le Toyota. Même route qu’hier jusqu’au bout de la piste cette fois. Elle s’arrête au bord du plateau qui domine une immense cuvette une centaine de mètres en-dessous. Steve m’explique que la mare locale est au fond de la cuvette et que les rhinos vont y boire pour remonter ensuite sur le plateau. En suivant le bord du plateau nous devrions donc croiser leurs traces et les suivre.
Il nous quitte pour retourner sur Sinamatella pour des tâches diverses dont le déploiement d’une équipe de gardes qui partent en patrouille anti-braconnage.
plateau Nous partons en suivant le bord du plateau. Il fait beau. La température est fraîche. Progression facile dans un milieu assez ouvert. Rapidement nous trouvons une trace, mais l’animal se dirigeait vers la mare. Il faut trouver la trace retour. Le panorama sur la cuvette et les collines au-delà est superbe. collet Thinkwell trouve un collet fait de câble d’acier d’une quinzaine de millimètres de diamètre (photo), sans doute destiné aux ongulés et aux buffles, ou même aux éléphants. Nous touchons du regard la réalité du braconnage. Un couple d’éléphants et un éléphanteau paissent au fond de la cuvette, ils vont boire ou en reviennent probablement (photos). Nous faisons quelques brèves haltes. Finalement Thinkwell décide de descendre jusqu’à la mare pour trouver les traces de retour et les suivre. Nous croisons un groupe d’une vingtaine de mangoustes venue s’abreuver à un trou d’eau résiduelle dans le lit de la rivière. Elles s’enfuient sans nous laisser le temps d’attraper l’appareil photo. Les abords de la mare sont très secs. Quelques empreintes localement, mais pas de trace continue. Nous errons un peu. Crottes de lièvres, d’impalas, de koudous, bouses d’éléphants, de rhinos (vieilles), de buffles. Le peuple des animaux d’Afrique fume son sol avec entrain.
Thinkwell et Mudenda (zèbre en langue Tonga) descendent le lit de la rivière à sec, reviennent. Nous en sortons, pour y revenir, puis en ressortir. Enfin une belle bouse bien fraîche et bien étalée.
mare progression trace traces
Errance à la recherche de l’indice suivant. Une mare semi asséchée. Des traces dansla boue. Une autre bouse fraîche, coiffée d’une nuée de papillons. Je lève les yeux du sol parfois. Le flanc du plateau est clairsemé de magnifiques baobabs. Finalement nous remontons sur le plateau sans avoir trouvé la trace idéale. Arrêts multiples pour permettre aux experts d’explorer le secteur. Chants des tourterelles, Cape turtle et green spotted doves. Il fait bien chaud maintenant. Profusion de papillons blancs qui volent partout dans la lumière et qui créent une atmosphère de conte de fée. Cette nature respire une infinie quiétude (ce n’est sûrement pas l’avis des impalas ou des koudous). Groupe de guêpiers au sommet d’un arbre.
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Encart : Le Rhinocéros noir d’Afrique (ref liens UICN etc.., ou autre, docu rhino de terrain)
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Après un long moment, les pisteurs trouvent enfin une trace. Mais il faut encore trouver la succession d’indices traditionnels qui tissent le fil d'Ariane. Série d’arrêts pour quadriller le secteur et trouver l’indice suivant.
Cela nous laisse le temps d’observer un peu l’environnement. La végétation est arbustive, assez dense. Un peu morne. L’espèce dominante est le combretum, petit arbuste sans charme dont la feuille rappelle celle du pêcher. Le crocodile bark tree, moins commun, a un port plus élégant, et le shepherd tree à la jolie touffe sommitale étalée en ombelle, de laquelle il tient son nom par l’ombre qu’il fournit au berger, est vraiment superbe. Thinkwell nous laisse pour aller devant, et revient après un long moment. Il a vu l’animal. Nous le suivons. La végétation est très dense, c’est sans doute pour cela que le timide rhino s’y réfugie. Il nous arrête d’un signe de la main, avance avec précautions, m’appelle et me montre la direction. Je ne vois rien. Puis si, je vois deux pattes avant ou arrière sous le feuillage. Le vent n’est pas favorable. Il faut contourner l’animal pour aller se mettre sous son vent. Mille précautions. Attention aux branches qui cassent sous les pas. Th & M vont devant. Ils le voient. Thinkwell note dans le creux de sa main la configuration des marques d’oreilles qui identifient l’animal qui a été décorné l’an dernier. Alors, le gentil monstre toujours imprévisible décide de se déplacer. Il le fait vers nous et assez bruyamment pour nous alarmer un peu. Puis il repart. Thinkwell le suit un peu, très prudemment, l’air pas rassuré. Il revient. La végétation est trop dense, le rhino trop nerveux (souvenir de sa mutilation récente ?), et la situation un peu dangereuse. Il décide d’en rester là. C’est décevant mais probablement sage. Mission accomplie puisque l’animal est identifié. Je suis fatigué. Et c’est l’heure de la sieste. Je flotte sur mes deux jambes, porté par une vigilance qui vacille dangereusement.
géant géantP brousse
Retour en direction de la piste. Nous croisons un immense baobab, de 15m environ de circonférence. Je pense aux arbres de la forêt de Fangorn dans le Seigneur des anneaux. Immense, vertigineuse, formidable beauté du seigneur de la forêt africaine. Ce colosse est là depuis un bon millier d’années, le moyen-âge donc. Il a vu passer l’histoire à ses pieds. On a un peu envie de se prosterner devant tant de majesté. Après les oh et les ah, et les autres commentaires admiratifs, les tours du géant le nez en l’air, et les photos à son pied, il faut laisser ce prince à sa méditation séculaire. Nous retrouvons la piste après avoir traversé une grande et belle prairie d’herbes hautes.
Il est 14h. Steve arrive pour nous prendre, avec des bières. Quelle idée formidable. Pas de nouvelles du câble qui aurait dû arriver. Grrr.
De retour au campement nous pouvons prendre le temps de respirer un peu après le déjeuner tardif. D’abord un brin de toilettes. Puis un bout de sieste.
En fin d’après-midi nous retournons faire une prospection à partir d’un point de la piste où nous remontons en voiture, dans la direction de Sinamatella. Belle lumière de fin d’après-midi. Nous effrayons quelques koudous qui s’enfuient au galop. En une vingtaine de minutes, nous sommes au pied du baobab où ma montre m’attendait. Je ne boude pas la bonne surprise. Elle ne finira donc pas au poignet d’un babouin, pas d’un babouin d’Afrique en tous cas.
Soirée semblable à la précédente.

Dimanche 3 avril
Nous partons à pieds au petit jour, vers 6h45. Je prends des repères d’orientation car j’ai un problème terrible d’inversion ici. Je perçois intuitivement le nord au sud et réciproquement, alors que j’ai naturellement un assez bon sens de l’orientation dans mon hémisphère d’origine. Repérage du soleil levant donc.
Après un petit quart d’heure, la découverte d’un buisson écrasé indique qu’un rhino est passé (Thinkwell). Recherche de traces autour du point d’eau proche. Cheminement derrière le pisteur en chef. J’en profite pour me régaler de ce matin radieux, dont la lumière est somptueuse. Le sous-bois - si on peut l’appeler ainsi car la forêt de mopanes est très clairsemée - a un coté féérique. Les senteurs liées à la fraîcheur matinale complètent l’harmonie du moment. Bonheur sylvestre. Je réalise que ce sentiment est aussi largement dû au caractère ouvert du milieu et à sa porosité. Cette dernière étant créée par la circulation animale. Il me revient cette blague qui dit qu’en Corse lorsqu’on veut construire une nouvelle route, on fait partir un âne dans la montagne et on met derrière un ingénieur des ponts & chaussées pour relever le tracé. Ici c’est un éléphant. Les éléphants construisent les autoroutes de la brousse, avec la collaboration active des buffles, des impalas et des koudous pour les routes secondaires. Il n’y pas ou presque pas deux buissons qui ne soient séparés par une trace. La forêt est sillonnée en tous sens de ces sentes animales, certaines assez étroites, mais d’autres pour lesquelles on a vraiment l’impression de circuler sur un chemin de randonnée confortable. Les rhinos d’ailleurs ne se privent pas d’emprunter ces voies faciles jusqu’à ce qu’il leur prenne le tintamarre d’en sortir pour des raisons connues d’eux seuls et pour la plus grande perplexité des pisteurs.
sausage Enfin une bouse fraîche dispersée. Nous traversons le lit à sec d’une rivière. La pluie a sculpté de jolies demoiselles dans la falaise d’une élévation du terrain qui la domine d’une dizaine de mètres un peu en aval du point où nous traversons. On aperçoit un réseau de trous dans le haut de la falaise. Colonie de guêpiers sans doute. Th & M partent à la recherche d’indices. J’explore le sol avec Steve et les autres. Sue attend à l’ombre d’un bel arbre à saucisses (sausage tree, photo). Coup de sifflet. Nous les rejoignons. Ils ont une trace, sur une belle sente d’éléphant. Pistage facile. Bouse, pipis de loin en loin (photo macro). Plus rien. Th & M repartent. Sifflet. Nous les rejoignons. Le sifflet est le mode de communication exclusif dans la brousse. La voix humaine alarme tout le monde, le sifflet personne, car le sifflement est un bruit naturel de ce milieu et le mode de communication de nombreuses espèces. Tout le monde siffle dans ce milieu, chacun à sa manière. On avance. Rollier au sommet d’un arbre. Pas beaucoup d’oiseaux, c’est une petite déception (Ah, les yaérés de Waza !). Trace perdue. Ils avancent à nouveau. Nous tournons autour de la sente, le nez au sol. Rien. Sifflement. Steve a une empreinte. Le rhino a quitté la sente et tourné à l’intérieur du sous-bois, le bougre. Pourquoi ? Il faudrait penser comme un rhino (relire Cyrulnik) pour peut-être le deviner. Une pâture avenante aperçue depuis la piste sans doute, ou le besoin de marcher à l’ombre. On avance sur un front. Il a brouté des jeunes pousses. Th flaire un pipi, et le trouve. Mes statistiques montrent qu’il faut en moyenne 15 minutes à Th pour trouver un pipi de rhino dans un demi-cercle de 200m de rayon environ, soit à peu près 6 hectares. C’est ce qu’on appelle avoir du métier.
pipi2 bouse&bugs bouse grattée
Nous passons une petite mare temporaire, puis une autre où un babouin a laissé une noix de baobab. Carcasse de tortue. Steve nous dit que les calaos à bec rouge les tuent par l’orifice de la tête, puis les consomment. La lutte pour la vie fait peu de cas de nos sympathies animales. Plus d’indice. Milieu difficile, sol herbeux, pas d’empreinte. Un pipi. Une empreinte. Il a repris une autoroute à éléphants. Une mare. D’énormes traces dans la boue. Bonne piste. Il la quitte. Sous-bois, herbe haute, bosses de terrain, pas de trace. Grosse bouse pleine de bousiers. 9h30. Grand chaud. Un serpent dans un arbre. Carapace de bébé tortue. Des francolins grognons. La trace est bonne. Milieu rocailleux. Montée vers le sommet d’une colline. Trace perdue. C’est la Poursuite Infernale. Prudence, il n’est pas loin. Arrêt. Deux koudous s’enfuient discrètement. Th & M vont en avant. Nous attendons à l’ombre. Je photographie quelques papillons. Steve nous dit que les rhinos ne dorment jamais deux fois au même endroit. Mœurs totalement erratiques. Très longue attente. Je somnole un peu. Au bout de ¾ d’heure M revient. Trace perdue. J’ai faim. J’ai dormi un peu. Sifflement de Th. Trace retrouvée. Explication : nous sommes sur le flanc d’un petit vallon ascendant. Le rhino a fait demi-tour et il est reparti par l’autre flanc où évidemment personne ne le cherchait. Donc nous nous sommes croisés à quelque distance. La traque reprend, il est tout proche sans doute. Bouse très fraîche. Progression silencieuse. Extrême prudence. Je suis pas à pas Mudenda le zèbre. therhino STOOOP ! Th le voit (il a le visuel disent les aviateurs). Mais il ne nous laisse pas approcher jusqu’à lui. J’aperçois l’animal à travers le feuillage épais. Tension extrême (pas trop quand même). Je photographie ici une corne, là une oreille (important pour l’identification), là un oeil. Grande frustration. Mais moment fort. J’enragerai plus tard en voyant les bonnes photos de l’animal en pieds que Th a faites avec l’appareil d’Evelyne. Il aurait pu nous laisser approcher, la vache. Mais, la sécurité d’abord bien sûr, la prudence était un impératif sachant que le rhino noir court tout droit mais très vite. Affreusement myope, il ne voit rien, mais il a un flair et une ouïe redoutables, autant que sa corne même lorsqu’elle lui été enlevée. Il n’a pas perçu notre présence, le vent est favorable. Th a toujours avec lui une poudreuse qui lui permet de déterminer la direction du vent et dont il use abondamment. Lorsqu’il n’a plus de poudre il la recharge avec de la cendre du feu de camp.
Au bout d’un moment, les renseignements sur l’identité de Mr rhino (dommage qu'on ne donne pas des petits noms au rhinos comme le fait le programme Lions pour ses protégés) étant collectés nous le laissons pridemment à sa somnolence ruminante et réputée ombrageuse (la dernière mission de juin a été chargée par lun rhino), et nous rebroussons chemin en direction du campement, contents de cette poursuite pas si infernale, et finalement aboutie. Un beau baobab sur la route du retour. Arrivée au camp vers 13h30.
géant pemican En arrivant au camp, je tombe sur un étendage de viande émincée en cours de séchage. Le pemican est une tradition africaine aussi donc. Déjeuner expédié. Sandwich salade. Après quoi nous levons le camp. Bourrage des sacs. Démontage des tentes et chargement de la remorque. Il est 15h lorsque nous quittons Thinkwell et Mudenda après avoir échangé nos adresses. Ils restent pour neuf jours supplémentaires de patrouille anti braconnage dans le secteur. J’apprendrai de Steve après mon retour, qu’ils ont surpris un braconnier la semaine suivante, qui a fui en abandonnant son fusil AK47 et son sac, lequel contenait 2 cornes de rhino. Il y a donc un rhino de moins dans le secteur. La tragédie du braconnage fait son chemin vers l'abîme.

La piste est aussi chaotique et cahotante au retour qu’à l’aller. Arrivée à Sinamatella vers 16h.
Nick, le fils de Steve est là avec sa femme et ses deux enfants. Il est dans le métier aussi, employé de la Save Foundation of Australia à Main Camp où il travaille avec les gardes du parc.
Trevor est passé, mais je ne vois le câble du moteur nulle part, ce qui m’inquiète fort, car demain nous devons retourner à Bumboosie-South pour installer la pompe. Déchargement de la remorque, douche, et lessive après une bonne bière.
Trevor et Paul arrivent. C’est ma première rencontre avec Paul, grand gaillard assez extraverti, qui se teint les cheveux. Bizarre. Trevor nous annonce que le câble est à Harare depuis vendredi et qu’il sera à Vic Falls demain soir. Le problème est qu’il y a une grève des employés du transport aérien au Zimbabwe qui risque de durer…
Steve, Trevor et Paul s’enferment en conclave pour discuter les projets de DART. Ils y resteront longtemps, deux bonnes heures. Paul est à nouveau à plein temps avec l’association. Ils auront un contrat de collaboration de 5 ans avec le parc national.
Je regarde ma messagerie. Mon PC s'éteint à nouveau sans préavis (les alertes de batterie faible ne marchent plus depuis un an). Batterie épuisée. Je n’y comprends vraiment rien.
Dîner agréable avec nos visiteurs. Pour l’occasion j’ai sorti les deux bouteilles de vin achetées à Joburg. Le sauvignon est assez médiocre, mais le cabernet-sauvignon est très bien.
Nous parlons beaucoup de l’actualité du braconnage. Nick a été impliqué dans un accrochage entre une patrouille de rangers qu’il accompagnait et des braconniers. Ces derniers ont pu fuir avec un blessé et monter dans le train qui circule entre Bulawayo et Vic Falls. Mais ils ont été arrêtés à Vic Falls. Il semble que le blessé soit décédé la nuit suivante à l’hôpital. Pas d’info officielle.
Trevor m’informe que PU a l’intention d’arrêter la mission Hwange l’an prochain, ce que Steve m’avait déjà laissé entendre. Cette année serait une année de sursis. Je trouve cela bizarre car c’est une mission qui marche bien. Je lui promets de me renseigner en rentrant.
En fin de soirée Steve nous briefe sur l’organisation de la semaine, qu’il faut revoir complètement. Il faut retarder la journée d’installation de la pompe qui devait être demain et l’intervertir avec les deux jours à Main Camp pour le suivi des rhinos blancs avec Paul. Mais Paul clairement ne peut pas ou ne veut pas nous prendre en charge. Steve, diplomate, en prend acte. Il nous propose d’aller à Main Camp demain en visitant les mares de la route, et d’en revenir mardi en effectuant le comptage prévu des oiseaux d’eau sur les mares. Pour mercredi, il propose un transect en boucle au nord de Sinamatella. Jeudi installation de la pompe, le câble état arrivé.
Extinction des feux vers 23h après la dernière tournée de scotch.

Lundi 4 avril
Réveillé vers 5h30, levé vers 6h15, je vais faire quelques photos du lever de soleil. Trevor et Paul partent vers 7h. Un matin tranquille, enfin, où l’on peut prendre un peu son temps.
fiche-rhino Je récupère les photos du rhino de Thinkwell et je passe les miennes à Steve. Nous remplissons la fiche d’observation du rhino d’hier. Je passe un peu de temps à observer la prairie à nos pieds, mais à cette époque de l’année il n’y a pas grand monde, à part quelques girafes et quelques éléphants qui paissent tranquillement.
Messagerie. Mon PC a chargé. Donc c'est un problème de gestion de la batterie.
Départ pour Main Camp vers 11h30. Passage à Mandavu, Masuma, Shumba (déjeuner). Un éléphant s’abreuve à la mare de Roan. Puis mare de Shapi.

Arrêt prolongé à Guvalala la riche, toujours fréquentée pour des raisons mystérieuses par de nombreuses espèces : koudous, impalas, girafes, zèbres, grande aigrette, grues couronnées, oies d’Egypte, sarcelles à bec rouge, vanneaux (blacksmith plover), three banded plover.

Arrêt à la mare de Nyamandhlovu où il y a foule. Des marabouts en grand nombre en train de muloter semble-t-il, probablement un vol de criquets, un superbe Jabiru, quelques girafes qui se hâtent lentement pour s’abreuver à leur mare habituelle. Nous assistons alors à une fantastique parade nuptiale de grues couronnées, un ballet aérien à la chorégraphie éblouissante, que je mitraille avec un bonheur fou (voir les photos).

girafes éléphant grues
Steve me presse car il faut rouler, l’accueil à Main Camp ferme à 18h et nous n’avons pas de logement. Comme je m’en fous. Je préfèrerai dormir ici à la belle étoile plutôt que de rater cette scène. Finalement je dois céder pour ne pas mettre Steve en difficulté, la mort dans l’âme, et nous partons. Un couple d’autruches et leur nichée de l’année nous regardent passer du coin de l’œil, méfiantes. La lumière est magnifique. Arrêt encore pour un aigle secrétaire sur son nid dans un arbre au bord de la piste (shooté un de loin à Waza). Il pose complaisamment pour la photo. rhino Plus loin, l’énorme surprise du jour : un rhino blanc en train de paître un peu à l’écart de la route, vu par Evelyne qui ne manquait rien. Il a été décorné. Nous l’approchons avec le véhicule pour les photos et l’identification en essayant de ne pas trop le déranger. Mon bigma (50-500mm) est à la fête comme pour les grues. Les marques d’oreilles seront lisibles sans problème. L’animal à l’air assez amaigri et pas en très bonne santé (cf photo).
Arrivée à Main Camp (MC) vers 17h30. Nous partageons un joli cottage avec Martin et Evelyne. Après la douche nous allons prendre une bière chez Nick qui est résident permanent à MC.
On parle rhino. La différence rhino noir – rhino blanc concerne surtout la morphologie de la tête. Le rhino blanc (rhino des champs) est un brouteur d’herbe au museau plat et à la large gueule. Sa tête est plus longue que celle du rhino noir et il est pourvu d’une bosse cervicale absente chez son cousin. Le rhino noir (rhino des bois) a la tête plus courte, et un museau et des lèvres un peu en pointe, de brouteur de branches, et il est bien plus ombrageux que son cousin et vous charge pour un oui ou pour un non. Autre différence, chez le rhino noir le bébé marche derrière la mère, chez le rhino blanc il marche devant. Cf petit manuel de terrain très utile.
Steve appelle Trevor. Le câble n’est toujours pas arrivé.
Nous dinons au restaurant, «The waterbuck’s head ». Immense et vide. Service d’apparat. Attente interminable (1h, je m’endors horriblement). Choix limité. Cuisine pas pire, côtelette frites, genre bon routier.
Au lit à 22h.
Piafs du jour : white crown tchagra, familiar chat, paradise red flycatcher, grey headed shrike (selon Steve, plutôt brubru à mon avis selon le guide, flancs roux), Namaqua dove (délicieuse petite tourterelle assez rare ici, mais qui pullule à Waza et à Pendjari).

herongruesjabiruzèbregirafe

Mardi 5 avril
Nuit calme et fraîche (20°). Réveil ver 5h30, sans appel. Méditation. Lever 6h30. Ciel bien couvert. Tour dans le camp. Peu de piafs. Douche, froide, vers 7h15. V Petit déjeuner chez Nick. Nous mangeons debout à l’extérieur car travaux à l’intérieur. Jeux avec Kaili, 4 ans, fille de Nick, adorable. Les girafes qui broutent les sommets des arbres derrière la clôture du camp la mettent en joie.
Nous partons vers 9h45 avec un passager, pour le comptage des oiseaux d’eau sur les mares, entre Main Camp et Sinamatella.
A Dom, un lesser grey headed shrike (peu commun) au sommet d’un buisson. A Nyamadhlovu les marabouts sont toujours en congrès. Rare selon Steve. Un groupe de quatre grues couronnées pêche dans une petite mare sans nom. A la mare sans nom suivante, un petit grèbe, et une poule d’eau - lesser african moorhen - d’abord identifiée par Steve comme la commune african moorhen, identification que je propose de corriger après consultation du guide. Espèce assez rare, je suis fier. Vol de waxbills. Puis Guvalala la riche, oies d’Egypte, sarcelles à bec rouge, pluviers triple bandeau, hérons garde-bœufs, grues,… . Le ciel s’assombrit. Quelques gouttes de pluie. Micro mare sans nom. White-Hill et un ballet de grues. Shapi et son bel arbre séculaire, gardien du temple, et son éolienne pimpante, un jabiru coloré et un chacal à dos rayé magnifique qui fuit devant le Toyota. Les nids de poule de la piste sont pleins d’eau. Nous avons échappé à l’averse. Danga la maudite, la mare que toutes les espèces évitent. Toujours déserte. Nul ne sait pourquoi. Aucune trace autour. Mopani et quelques blacksmiths. Encore une mare sans nom, un jacana et deux red bill teals. Dwarf-goose, quelques grosses gouttes, un rideau gris sale s’approche, menaçant. Arrivée à Shumba vers 14h30, juste à temps pour se mettre à l’abri sous le kiosque du camping quand l’averse arrive, abondante. Déjeuner, mini sandwich, yaourt à la banane, terrifiante mixture chimique, sous-produit de l’industrie pétrolière sud-africaine sans aucun doute.
people Mare de Shumba, un beau croco à la plage. Mare sans nom, un héron s’évertue à engloutir une grenouille qui n’entend pas se laisser avaler. Pantomine qui serait burlesque si elle n’était conclue par une fin tragique, pour la grenouille. 16h, arrêt à Masuma la mare des 24h de comptage de la mission précédente, de bienheureuse mémoire. Le croco concierge est toujours là, comme dans sa loge, exactement à la même place qu’en septembre 2009 (photos). Water thick-knee (oedicnème africain), grande aigrette, impalas, waterbucks, hippos. L’orage tonne droit devant. Nous filons. Le véhicule passe sur la queue d’un magnifique cobra annelé que Steve n’avait pas vu, et qui s’engouffre vivement dans les hautes herbes du bord de route. Il survivra peut-être. Passage au lac de Mandavu, désert. impala Un groupe d'impalas pose complaisament dans la lumière du soir. L'harmonie sublime des ors de la brousse et des ocres du pelage des animaux est stupéfiante. Le chant de la nature. Groupes de pintades sur la piste un peu plus loin. Ces dames sortent le soir pour prendre le frais.
Arrivée à Sinamatella vers 17h30. Le câble n’est toujours pas arrivé. J’enrage une fois de plus. Sauvegarde des photos. Je passe mes fichiers à Steve. Celles du rhino blanc permettent l’identification.
Activités ordinaires, Martin fait sa lessive quotidienne, puis apéritif. Enfin un bon scotch. Coup d’œil sur la plaine. Un troupeau de buffles passe. Puis dîner, boulettes de viande en sauce tomate et riz. On finit les bouteilles de vin. Christmas cake au dessert. Bravo Sue pour la cuisine. La terrasse est littéralement envahie de papillons de nuit (moths), ils sont peut-être une centaine. On parle du futur du projet. Martin a travaillé pour Europaid. Les dossiers sont lourds dit-il, ce que je n’ignore pas.
Au lit vers 22h, pour quelques pages avant de dormir.
Pour les comptages, j’ai sauté les observations systématiques détaillées (cf tableau photo, environ 200 oiseaux, 23 espèces).

Mercredi 6 avril
Réveil vers 6h. Le ciel est encore couvert. Il fait bien frais. Martin est réveillé aussi.
Steve découvre qu’il a une lame de ressort d’amortisseur cassé sur le Toyota. Il file la changer, ou la réparer.
Petit déjeuner ordinaire, céréales, muesli (fruits secs rances), toasts colle-aux-dents, gelée de goyave du Pakistan, bonne.
J’ai un petit coup de soleil sur le front et le haut des épaules.
Steve revient, pour repartir déployer une équipe de rangers sur le terrain, revient car un des gardes a une crise de palu, repart avec un piège photo, revient car il a oublié la batterie, et repart…
Problème du PC compris : quand il a fonctionné sur batterie et qu’il est passé à nouveau sur secteur, le système – défaillant - ignore ce changement et poursuit le fonctionnement sur batterie jusqu’à épuisement de la charge et plantage final. Comportement normal ensuite à la réinitialisation. Pour éviter ce scénario, il faut retirer la batterie et la remettre en place pour que la mise à jour se fasse. Alors le fonctionnement sur secteur est actif et la batterie se recharge.
Je trouve le n° de suivi d’expédition DHL du câble sur le bordereau d’expédition Tenesol : arrivé le 31 mars à 6h du matin au centre de tri à Harare, il est depuis bloqué en douane avec la mention « Retard douanier jusqu’à nouvel ordre », mise à jour tous les soirs depuis l’arrivée, donc depuis 6 jours, la dernière datant d’hier soir. Les infos de Trevor étaient donc incorrectes et ses coups de téléphone à Harare inopérants, et nous n’aurons sans doute pas le colis demain comme prévu. Je colle immédiatement un message à Trevor qui me répond rapidement que le colis a été dédouané hier soir et qu’il est en route pour Vic Falls. Bon.
Une famille de phacochères, le père, la mère, et deux loupiots, passe sur le chemin derrière les cottages, un peu anxieux, mais pas outre-mesure. Photo.
Le ciel est sombre malgré l’apparition d’un rayon de soleil de temps à autre.
Steve revient vers 11h15. Il court à droite et à gauche car le ranger malade n’a pas une crise de palu mais une infection de la gorge très spectaculaire semble-t-il. Je lui passe mon antibiotique large spectre. Et je l’informe du statut du colis.
Il nous dit qu’en déployant l’équipe de rangers il a vu un "black eagle" (aigle de Verreaux), espèce rare ici, et l’emplacement de son nid.
Nous partons enfin pour le transect en boucle (Lukosi River loop). Hillary et un garde sont du voyage. Toutes les espèces mammifères observées sont notées, les piafs observés pour le plaisir. Huppe africaine, la seconde, j’en avais observé une à l’entrée du camp en arrivant hier soir. noix picnic Un champ de noix de baobab au pied d’un géant. Hillary jubile. Nous remplissons le Toyota. Un beau buffle solitaire, puis un troupeau. Déjeuner rapide au pied d’un baobab derrière la mare du même nom. Reprise du circuit. Bref arrêt près de la rivière Sinamatella. Impalas, koudous, un guib harnaché (bushbuck).

Arrêt thé impératif (don’t forget we are under the authority of a former subject of her gracious majesty the queen of England) à Mandavu-le-lac, phacochères en arrivant, qui posent de bonne grâce pour les photos, bien qu’un peu impatients. Sur le lac : balbuzard au sommet d’un arbre mort, héron Goliath qui pêche, quelques becs ouverts. Sur la rive autour de nous, légions de damans des rochers trop mignons (le met préféré des aigles de Verreaux), petits guêpiers verts (little bee eaters). Thé, café, et cookies sur la table. phacos

Puis dernière branche de la boucle. Deux beaux koudous mâles. Deux km avant le camp, un animal court assez loin devant nous. Babouin me dis-je à son allure un peu déhanchée. Euh, non, chacal plutôt. Hillary et le garde derrière moi l’ont déjà identifié : léopard, un sujet jeune, qui s’engouffre rapidement dans le fourré. Nous l’apercevons encore un peu, puis fini. Famille de girafe, puis famille de phacos. La brousse en famille. Arrivée au camp un peu avant 18h.
Pas de mise à jour du statut DHL. Elle tombe vingt minutes plus tard. Statut inchangé. Trevor se fait trimbaler. C'est la poisse. Donc c’est foutu pour l’installation de la pompe demain. La situation commence à être bien désespérée et je sens que je vais devoir rentrer sans avoir vu la pompe installée et la première eau couler.
Dîner, poulet pomme de terre, beignets au dessert. Très bon. Bravo Sue. Steve et Sue racontent comment, jeunes enseignants à Birmingham ils ont décidé de partir pour le Zimbabwe (la Rhodésie du sud à l’époque ?), moyen d’échapper à l’enfer de l’enseignement en zone très difficile, une jungle où leur sécurité disent-ils était bien moindre que dans la brousse….
Steve propose pour demain, d’abord une visite du nid de l’aigle de Verreaux, puis une boucle à la recherche d’un lion équipé d’un collier radio qui réside dans le secteur mais dont il a perdu la trace depuis quelque temps.

Jeudi 7 avril
Réveil tôt, 5h. Trop tôt. J’ai soif. Je me rendors en gambergeant sur l’installation. Réveil bis 6h40.
Messagerie : silence radio. Statut DHL inchangé.
Un autour africain (african goshawk) chante au sommet d’un arbre, puis s’envole. Un loriot lui succède.
J’examine l’assemblage moteur-pompe. Le connecteur étanche n’est pas facile à monter. Un peu de graisse silicone aidera. Steve dit qu’en général ce sont les cannelures du couplage mécanique des arbres moteur-pompe qui foirent. J’avais eu ce problème de cannelures foirées sur l'arbre moteur de ma Vespa quand j’étais étudiant. Elle ne s'en remit pas vu le coût de l'opération.
Avant de partit Steve effectue un balayage radio du secteur au sud du camp d’où l’on a une visibilité d’une bonne dizaine ou vingtaine de km. Résultat négatif.
Départ 9h15, d’abord pour un tour de détection radio sur l’aérodrome local. Silence radio. Nous allons ensuite voir le nid de l’aigle de Verreaux, à un petit quart d’heure du camp. Steve conduit et nous demande de surveiller les grands arbres au flanc du coteau sur la gauche de la piste. Je repère le nid. On s’arrête. Je note les coordonnées GPS. Gros nid de branches genre aire d’aigle royal. Nous observons le site en commentant quand soudain, miracle, le propriétaire déboule de derrière la crête en un long plané et vient se poser chez lui. Là il nous observe du coin d’un œil méfiant, en penchant légèrement la tête. Une grosse branche me gêne pour la photo. J’entreprends de descendre du véhicule pour me déplacer, et c’est le moment que ce malotru choisit pour repartir. Et je manque l’envol. Grrr.
Nous repassons au camp. Coup d’œil sur la messagerie vite fait : Trevor m’a répondu, "c’est en cours" écrit-il, "j’ai appelé DHL". Nous verrons. Je peux encore consacrer la journée de vendredi à l’installation de la pompe et filer samedi directement à l’aéroport. Dommage pour Lorrie’s B&B dont j’adore l’atmosphère, mais je n’ai pas vraiment le choix.
En route pour la chasse au lion. Nous larguons en passant des batteries de téléphone chargées à une équipe de rangers en patrouille, que nous transportons finalement sur quelques km. Ensuite arrêt tous les quelques km pour un balayage radio au moyen de l’antenne. Je montre à mes compagnons comment pratiquer pour couvrir aussi les domaines de polarisation de l’onde émise par le collier. Silence radio dans la brousse. Famille de phacos en arrivant à Mandavu où nous déjeunons sur la plateforme d’observation en surveillant la mare. Déjeuner standard : 2 tranches de concombre, 2 de poivron, 2 de tomate, 2 feuilles de salade et 2 mini tranches de jambon aggloméré à l’anglaise.
Aigle pêcheur africain (pygargue vocifère), balbuzard pêcheur, cormorans locaux, grande aigrette, héron Goliath. Les becs ouverts d’hier sont partis. De l’autre coté, sur la rive sud du lac, une douzaine de waterbucks paissent paisiblement dans une prairie humide. Ils sont rejoints par un grand troupeau d’impalas. Nous en dénombrons 82. Petite sieste dans un coin de la plateforme.
Vers 14h lorsque nous repartons, le ciel est menaçant et le tonnerre gronde au loin. Deux balayages radio à 2km d’intervalle, négatifs. araignée_brousse Nous arrivons avec le Toyota devant la grande toile tendue entre deux buissons, d’une belle araignée (banded-legged golden orb-web spider (Nephila senegalensis, photo, cf http://www.inaturalist.org/taxa/banded-legged_golden_orb-web_spider par exemple), que nous contournons pour éviter de la détruire, et après avoir pris le temps d’observer la dame, un peu nerveuse manifestement de nous voir lui tourner autour. En cherchant bien nous trouvons son tout petit mari qui se tient timidement au bord inférieur de la toile, méditant l’air accablé et fataliste. Balayage suivant négatif.
Les averses défilent sous nos yeux et après avoir eu la chance de passer entre deux rincées, il nous faut sortir dans l’urgence les cirés au moment où il nous en vient une droit dans le nez et carabinée, qui nous trempe les fesses en moins d’une minute. Brève mais magistrale. Le ciel restant très menaçant il est décidé de rentrer après un dernier balayage radio. C’est moi qui m’y colle (parce que les autres ont la trouille de la foudre) et il est aussi négatif que les précédents. Ce fichu lion n’est pas dans le secteur. Dommage.
Rencontre avec une jolie tortue qui traversait la piste, et qui se laisse volontiers tirer le portrait. Impressionnantes griffes des pattes arrière, d’évidence adaptées au pelletage des terriers.
Nous entrons dans le camp vers 15h30 et nous avons une crevaison à 100m de la maison. Changement de roue. C’était le dernier voyage de ce pneu hors d’usage.
Messagerie : Magali a appelé British Airways : un changement de date de retour coûte 185€. Et comme je n’ai aucune idée du temps que va durer le blocage actuel, cette option est écartée. Je rentrerai donc sans avoir vu la pompe installée. Grosse bouffée mélée d'amertume et de rage contre le mauvais sort qui a conjuré la négligence des uns et la mauvaise volonté et l'arbitraire ou l'ignorance des autres qui nous ont amenés là. Bref, rien ne sert de faire de l'adrénaline inutilement.

Il pleut. Drôle de saison sèche. Mais personne ne s’en plaint ici, la pluie maintient les mares en eau.
Petit café, puis nous entreprenons avec Steve d’assembler moteur et pompe. L’ambiance est un peu flottante. Le compte à rebours du départ est engagé. Steve me dit qu’il prévoit de procéder à l’installation de la pompe avec la prochaine mission PU, celle du 15 avril (avec Emmanuelle).
Il y a une panne d’électricité depuis qu’on est arrivés. Bouclage des sacs de voyage un peu inconfortable dans la demi-pénombre des chambres. Douche. L’apéro commence tôt, au scotch. barbecue

Steve et Sue préparent le barbecue à l’aveuglette. Comme il n’y a pas d’éclairage on en profite pour aller voir le ciel. Orion resplendissante descend vers l’horizon, poursuivant les pléiades, et courant devant Sirius. Haute dans le ciel, la Croix du Sud, majestueuse, veille sur nous, et ses pages les pointeurs, la suivent, compagnons d’heureuse et joyeuse mémoire, qui nous furent si utiles lors de la mission précédente (cf mission Hwange septembre 2009).
L’apéro est musclé ce soir, au scotch répétitif. Sue a du changer ses plans à cause de la panne d’électricité. La pizza prévue pour le dîner a été remplacée par un risotto qui se révèle délicieux. Nous parlons des concessions de chasse/tourisme dans la région qui font l’objet de contrats longue durée de 10 à 25 ans (pour les contrats safaris photos) souscrits par des entreprises touristiques. Martin nous parle de son travail d’expert agronome. Au détour d’un bout de la discussion, il confirme sur une question de ma part, qu’il est allemand. Je mentionne que je croyais l’avoir entendu dire qu’il était belge et que j’avais noté son accent allemand typique (j’ai travaillé des années avec des équipes de chercheurs allemands). Réaction évasive. En fait je suis certain qu’il avait déclaré être belge. Pourquoi cet étrange détournement de sa nationalité ? A rapprocher de l’agressivité linguistique que j’avais notée vis-à-vis des français ? Bizarrement il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être confronté à ce type d’attitude de la part de citoyens allemands, collègues scientifiques en général, de tous âges, en difficulté relationnelle avec la culture française. Vieux fond d’antagonisme séculaire sans doute. Fin de soirée vers 22h30.

Vendredi 8 avril
Réveillé avant 5h puis rendormi, j’émerge finalement à 6h15. Martin se réveille en même temps. Petit tour en commun à la fraîche. Le soleil émergent dans la brume matinale du jour naissant, nous honore d’un arc-en-ciel somptueux, couronné de son arc-en-ciel secondaire. Joli cadeau pour un jour de départ, que nous mettons soigneusement dans la boite à digits.
arcenciel Après le petit déjeuner nous sacrifions à la traditionnelle photo de groupe (j’espère que S&S nous montrerons leur album un de ces jours). Dernier regard sur les grands espaces de la prairie et de la forêt qui du pied de la colline s’étendent jusqu’à l’horizon, une fascination à laquelle il est difficile de s’arracher. J’évoque en bavardant avec Steve la possibilité de descendre sur la prairie directement par un sentier. Il me répond que Paul a fait cela, à sa grande fureur car c’est interdit par les autorités du parc. Or les acteurs de DART sont surveillés du coin d’un œil hostile par les agents locaux du CIO (Central Intelligence Organisation, agence de ‘sécurité’ intérieure) qui ne seraient pas fâchés de les voir, ou de les faire, trébucher. Steve est-il lucide ou un peu paranoïde ? Difficile à dire.
8h15, nous partons. En route, nous croisons un éléphant, quelques impalas, une famille de koudous (mon canon se plante quand je sollicite le zoom, "lens error", de plus en plus fréquente), et finalement une grosse famille d’éléphants nonchalants qui paissent le long de la piste, avant de sortir du parc, manière de salut et de bouquet final qui conclue un beau séjour naturaliste, malgré une grosse déception.
Arrivée à 9h15 à Hwange-ville où nous retrouvons le véhicule de Dabula sur le même parking qu’à notre arrivée. Le chauffeur lui est parti faire ses courses. Il apparaitra un gros quart d’heure plus tard. Adieux déchirants comme toujours avec S&S, petites larmes de Sue. Ils repartent vers Sinamatella et nous filons sur Vic Falls. Moussa, notre chauffeur est joyeusement disert, et pour tout dire, un peu intarissable.
En route, je rêvasse devant la fascinante immensité et la beauté sauvage de ce pays. Pourquoi ces grands espaces m’ont-ils toujours fait rêver, aussi loin que je me souvienne ? Fenimore Cooper, Stevenson, London, Kessel, Monfreid, et les autres ? Sans doute.
Arrivée au Lorrie’s B&B à Victoria Falls vers 11h. Lorrie vient nous accueillir à sa porte, toujours aussi chaleureuse. Le jardin de l’hôtel est toujours aussi beau. J’ai la même chambre qu’à mon précédent passage, partagée avec Martin.
Nous posons les valises. SMS à Magali. Brève visite de courtoisie au bar. Georges est fidèle au poste, gardien du temple au sourire constant (sauf pour Trevor), imperturbable, inaltérable, inamovible. Et Clive qui passe par là nous salue, toujours très occupé, régisseur diligent qui fut jadis le président de l’association des planteurs de tabac du Zim, dépossédé de sa plantation par la "révolution" Mugabe.
Je courre prendre un café sous la grande véranda, toujours aussi délicieusement conviviale, ouverte sur le jardin tropical aux allures de jardin botanique, d’où je peux admirer les plantes exotiques dont beaucoup me sont familières, grandes fougères, philodendrons, dracaenas, arekas, kantias, alocasias (les miens sont aussi beaux), etc... Des employés balaient la cour avec une application méticuleuse, sans lever la tête.
Après un déjeuner léger, chausson à la viande, accompagné d’une salade verte, arrosé d’une bière, nous filons en ville avec Moussa qui vient nous prendre (moyennant 3$US par passager) pour les courses. Avant que Trevor ne donne les véhicules de Dabula à ses chauffeurs c’était gratuit. Sans doute la raison pour laquelle la branche était déficitaire.
En ville nous faisons le traditionnel tour des marchés artisanaux, que j’avais bien écumés lors de la première mission. Je rachète des bracelets en poil de queue d’éléphant et des petits pendentifs zèbres, éléphants, crocos, nyami-nyami, etc.. pour les chéries, et deux jolies nappes artisanales avec des décos pintades bleues pour l’une et zèbres en noir et blanc pour l’autre.
Nous rentrons assez tôt à l’hôtel, vers 16h30. Il fait chaud et la bière est très bienvenue. Lessivage de mon sac à dos ensuite qui est crasseux un peu au-delà du tolérable. Puis je me pose sur le lit et je ne résiste pas à un brin de sieste.
Martin me réveille : Trevor est là, to say hello. J’arrive. Sa jovialité est toujours d’aussi bon aloi. Bière suivante donc. Il me raconte des histoires de braconnage. Il voudrait aussi la liste des donateurs du projet pour les remercier individuellement. Je lui promets de lui envoyer. Et il annonce qu’il fera faire une plaque commémorative du projet, dont je devrai lui envoyer le texte, et qui sera placée aux pieds du plan de panneaux. On arrose ça au scotch, une discipline dans laquelle il est imbattable.
Une fois Trevor parti nous passons à la salle à manger. Ouaaaaaaah ! la girafe d’Ophely & Ander est toujours là, un an et demi après, tristement accolée à un coin de buffet, aucun volontaire n’ayant voulu se charger de cet encombrant souvenir, même pour les beaux yeux d’Ophély. Lorrie m’explique que les propriétaires appellent de temps en temps… Punis de leur vilaine avidité ? (cf journal 2009).
Le dîner est à la hauteur du souvenir que j’avais de la cuisine chez Lorrie. Très bien. Potage de légumes, poulet grillé aux légumes verts, gâteau à la chantilly. Nous parlons de nos voyages. Evelyne a sillonné l’Asie du sud-est et l’Océanie, Martin a été longtemps en Tanzanie. J’évoque la Floride et la Californie.
Nous passons ensuite un moment sur la terrasse, puis Evelyne nous quitte. Retour au bar pour un dernier scotch. Discussion ave Lorrie et Georges du rôle de PU, réel semble-t-il, dans la survie économique du B&B dans la traversée de la crise récente. Glissement progressif de l’alcoolémie. Je décline l’offre de la tournée suivante et je m’échappe avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il est 22h.

Samedi 9 avril
Nuit monolitique, bien que brièvement interrompue par les contingences liées aux trois bières de la soirée d’hier. Debout vers 6h30. Martin a mal aux cheveux. Il a encore pas mal éclusé hier soir après mon départ.
Préparation du sac pour la visite des chutes. Problème complexe car selon Martin, "You will get soaked anyway", et j’ai du matériel photo à protéger. Je renonce à emporter le téléobjectif, trop lourd et trop encombrant, et sans doute pas utile.
7h – Petit déjeuner bizantin. Fruit, yaourt, céréales,.. Zut, j’avais oublié qu’on pouvait avoir des œufs au plat. Trop tard, trop plein. Dommage. 7h30 – Nous embarquons dans le taxi de Moussa qui nous conduit à l’entrée du site (parc national du Zambèze) en 10 minutes. Martin qui a déjà vu les chutes file vers d’autres occupations. Je refais en compagnie d’Evelyne le circuit de visite que j’ai fait deux fois en septembre 2009, donc en fin de saison sèche, dans des conditions totalement différentes, le débit du fleuve étant à son minimum. Il est aujourd’hui à son maximum. Il a beaucoup plu récemment. A la première station, à l’extrémité ouest (ou sud-ouest, je ne sais trop ?) de la ligne des chutes, le point d’observation situé au pied d’un escalier de 70 marches, est inaccessible – et interdit d’accès, noyé dans un nuage de bruine turbulente qui monte du pied de la chute (du Diable), à travers lequel on distingue dans une opalescence magnifique, illuminée par le soleil du matin, la silhouette des arbres sur les îlots qui séparent les chutes. Le tableau est d’une rare beauté. chutes La fureur rugissante et un peu ténébreuse du fond de l’abîme s’éteint progressivement pour devenir paix élégiaque d’un paysage de rêve, baigné d’une brume lumineuse, sous un ciel éclatant de lumière.
Trêve d’extase visuelle. Nous filons ensuite sur le sentier de visite qui suit le front des chutes sur plusieurs centaines de mètres. Les chutes se déversent dans un profond goulet qui achemine ensuite le fleuve parallèlement à la ligne de déversement, soit perpendiculairement à sa direction d’arrivée, ce qui permet de les observer depuis l’autre rive du goulet.
L’ambiance est impressionnante, le fracas cataclysmique. Tempête sur le Zambèze. Le grondement de l’eau qui s’engloutit dans gouffre, la vision dantesque de ces abysses dont on ne voit pas le fond et d’où montent d’énormes et puissantes volutes de pluie qui s’abattent en rafale sur le visiteur créent une atmosphère un peu irréelle. Le grand tumulte de l’abîme se calme par moment et la rive amont des chutes apparait alors, radieuse avec ses îlots ensoleillés, comme les sommets en montagne lorsque le mauvais temps se lève. Entre deux nuées ruisselantes, un arc en ciel extraordinairement lumineux apparaît à l’ouest et compose un tableau un peu kitsch du site, mais auquel on ne résiste pas, comme pour certain mélos au cinéma. Près de la fin du parcours, un caprice du monstre nous engloutit d’une rafale exceptionnelle qui nous trempe de la tête aux pieds. Les vêtements de pluie sont de peu d’utilité. Ma veste imperméable dégouline sur le bas de mon short. Résultat, j’ai les fesses trempées, merci la capillarité. La prédiction de Martin me revient à l’esprit "You will get soaked, anyway". Visionnaire. Impossible d’approcher le bord du gouffre à l’extrémité du parcours d’où on peut normalement observer la gorge dans sa longueur, rochers trop dangereux.
Le parcours retour est à l’image de l’aller. Mais là, plus rien de sec à préserver. Peu d’animaux sur le parcours. Seules quelques bergeronnettes (african pied wagtail) se hasardent entre les rafales. Encore quelques photos et nous émergeons de la forêt pluviale. Il est 9h30. Quelques achats à la boutique, et nous rentrons à l’hôtel.
Mes affaires n’auront pas le temps de sécher avant le départ. Bouclage des sacs. Règlement de mes consommations. Petit paragraphe dans le livre de l’hôtel. Petit café ensuite sur la terrasse. Je savoure ces derniers instants au jardin d’Eden. L’heure approche. 11h15, salut à l’équipe, la bise chaleureuse à Lorrie.
Vous qui passez par ces lignes, si vous passez aussi un jour par Victoria Falls, ne manquez pas Lorrie’s B&B.
Moussa est là, au portail, toujours jovial. Nous embarquons Evelyne et moi, à bord du taxi, et en route. L’air du taxi est glacial. La clim est à fond. Deux passagers à profil retraités sont un peu figés sur leur siège. Congelés déjà ? Je profite de l’occasion pour interpeler Moussa en riant, lui objectant qu’il perd sur deux tableau avec cette clim indécente - car il ne fait pas si chaud dehors - qui augmente inconsidérément sa consommation d’essence et en même temps le taux de CO2 dans l’atmosphère, qui va requérir plus de clim donc générer plus de CO2, etc, processus divergent. Il rit et me fait comprendre que ce sont les deux sphinx immobiles qui ont exigé cette mesure. Les intéressés ne pipent mot. Fermiers du middle-west peu communicatifs. Wasps ! Je retiens la mauvaise humeur que sécrète sourdement cette péripétie, et surtout les commentaires qui vont avec. Heureusement, la course n’est pas longue et en une petite vingtaine de minutes nous sommes à l’aéroport. L’enregistrement est rapide. Il est midi. Presque deux heures à attendre. Tour à la boutique où j’achète encore quelques bricoles pour mes loupiots (bien moins chères que sur le marché aux artisans). Un peu de lecture. aéroport Embarquement à l’heure. Chance, j’ai un excellent siège pour profiter de la vue. Décollage à l’heure. Immédiatement, j’observe un gros nuage qui coiffe le sol pas très loin. Incendie ? Non, les chutes. Colossal.
Je savoure les grands espaces africains vus du ciel. C’est fantastiquement beau. Puis le ciel en dessous de nous se constelle progressivement de petits cumulus de beau temps qui trottent vers on ne sait quel destin – souvent d’ailleurs celui du cumulo-nimbus impétueux. Retour à la chose ordinaire avec la trilogie gastronomique des moyens courriers - sandwich, bière, café - Vite avalés. Je somnole ensuite, le nez au hublot, jusqu’à Joburg. Réveil à l’atterrissage, au toucher de l’avion sur la piste.
Récupération des cartes d’embarquement du vol suivant. Puis exploration des boutiques de l’aéroport avec Evelyne qui fait quelques achats supplémentaires avant de filer prendre son vol. Je traîne ensuite à nouveau dans les bazars touristiques. Out of Africa est le plus largement pourvu. Je craque encore pour T-shirts, peluches, timbales peintes à la main aux motifs joyeux, ravissantes. Longuette attente. Café et viennoiserie pour tuer le temps qui reste et calmer une petite fringale, dans un café qui pratique un taux de change Rand-Dollar hallucinant de l’ordre de deux fois le taux normal. Je grogne, sans résultat, l’employé se contente de me montrer le ticket de caisse. C’est du vol parfaitement autorisé. Bof. Salle d’embarquement. Je vois partir l’A380 d’Air France. On embarque assez tôt, tant mieux. Décollage à l’heure, 20h40. Survol de la ville. Magnifique panorama nocturne. Féérie de lumières. Pas aussi grandiose que l’arrivée sur San Francisco ou le survol de Manhattan, mais très bien quand même. Scotch médiocre à l’apéro, poulet-riz au dîner, raisonnable, arrosé de malbec argentin pas pire. J’essaie de regarder « Another Year » (Mike Leigh) au ciné du ciel, mais le potin des réacteurs et mon oreille défaillante rendent l’exercice impraticable. Je n’entends rien des dialogues, et je jette l’éponge rapidement, pour les news, puis un documentaire sur les peuples de l’Arctique. Je m’endors au documentaire suivant. Sommeil inaltérable jusque vers 5h30.

Dimanche 10 avril
Somnolent, je jette un œil dehors. Nous survolons une île, de Méditerranée donc. L’horizon se frange de pourpre surmonté de beige lumineux qui se décline en bleu pâle pour se fondre ensuite dans le noir d’un ciel nocturne qui ne cède encore rien. Le jour murmure sa lumière à l'oreille de la nuit. Vénus assez basse sur l’horizon assiste au chuchotement d’un éclat encore majeur. Nous survolons une grande ville, Marseille sans doute. Magnifique. Puis défile la fête des grappes lumineuses des villages de Provence, reliées entre elles par des filaments de lumière aux détours capricieux. Fascinant.
Le petit dej anglais est vraiment bien : jus d’orange, salade de fruits, œufs brouillés - saucisse - pommes de terre - tomate - champignons, muffin, et thé, qui vous inclinent à la bonne humeur.
L’horizon vire à l’orange. Le beige est devenu jaune pâle, puis vert pâle, puis bleu pâle, aigue-marine qui prélude au jour naissant. La terre est encore enfouie dans sa nuit. Juste avant la traversée de la Manche, elle se teinte de gris sale, marbré d’anthracite, tandis que la froide parure d’acier de la mer est rayée des sillages des premiers ferries. Tous d’Angleterre vers la France. Quels lève-tôt ces anglais.
Le soleil allume enfin avec une lenteur solennelle, le feu de joie du jour nouveau dans un coin de ciel qui s’embrase alors rapidement. L’avion se pose avec le jour. Il est 6h30 pétantes. Précision quasi SNCF des bons jours.
Encore un transfert, et un contrôle donc, le dernier, enfin. Comme c’est pénible. Et encore une heure à tuer. Les boutiques hors taxe sont sans intérêt. Sauf celle des scotchs, passionnante ! Pas pour les prix mais pour la richesse de l’offre. J’attrape deux bouteilles de highlands, une d’Edradour (la plus petite distillerie d’Écosse, dont j’avais eu une bouteille il y a longtemps rapportée par Fabienne, et une de Glenrothes, recommandée par le vendeur, seize ans de barrique, qui se révèlera d’une absolue majesté.
Voilà, c’est fini, vol sur Lyon, navette pour Grenoble où Magali vient me récupérer à l’arrêt du labo vers 13h30. Retour à la case départ. Celle de ma brousse.

- Épilogue -
Steve et la mission suivante ont mis la pompe en place mais n'ont pas pu la faire démarrer. Après bien des péripéties induites par les impérities de la société Tenesol qui nous a vendu le matériel, l'eau a fini par couler grâce à la pugnacité de Steve, le 24 juin suivant, soit plus deux mois et demi plus tard. Ainsi aboutissait finalement ce projet né de la mission précédente, que nous prolongerons peut-être...

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