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Mission FRAPNA - Le Pic Vert
dans le Parc national de Hwange (Zimbabwe)
26 mars-10 avril 2013

- Installation de la pompe n°2 du projet Mares de Hwange sur la mare Baobab -

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Page du projet - Mares de Hwange - Adoptez une mare au Zimbabwe !


Journal de mission Hwange 2011
Journal de mission Hwange 2009
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Chantier d'installation
Diaporama
Faune et paysages du parc
Diaporama

Journal de mission


Prologue –
Mission d’installation de la pompe n°2 à la mare Baobab dans le parc national de Hwange au Zimbabwe. La première pompe avait été installée en mars-avril 2011 (cf journal de cette mission ). Après le succès de cette première mission le Pic Vert a approuvé une proposition de programme d’équipement de cinq pompes sur cinq ans. Cette année Planète-Urgence est en cours de révision de son programme à Hwange et les missions sont suspendues ce printemps en attendant les décisions. La mission a lieu sous la bannière FRAPNA / Le Pic Vert.

Lundi 25 mars -
Magali me conduit à St-Exupéry pour un vol à 17h pour Victoria-Falls, via Munich et Johannesburg. Le feu vert de la FRAPNA pour que la mission soit placée sous son égide avait un peu tardé à venir et les prix des billets s’étaient envolés. J’ai dû me contenter de cette solution qui restait à un prix acceptable (1370 €). J’ai en poche mes trois cartes d’embarquement, merci OPODO pour la gestion de la réservation et du voyage. Le prologue des départs est toujours un peu répétitif et rien n’est venu changer le cours de celui-ci. Le parking de l’aéroport, le bruit des roulettes des valoches, l’enregistrement, le dernier café, les bisous, et le contrôle sécurité pour la salle d’embarquement. Rien n’y a manqué, pas même la petite inquiétude pour le poids de mes bagages un peu plus qu’un peu au-delà de la limite autorisée. A ce stade je n’ai encore expérimenté que l’inconvénient – un bruit infernal sur certains revêtements - du patin à roulettes (source magasins de bricolage, pour déplacer les meubles) installé vite fait, hier, sous le sac dans lequel je transporte mes 7 kg de précieux matériel photo et d’observation, poids qui porté à l’épaule m’avait bien gâché la vie du voyage lors de la mission précédente. Un petit trou au fond du sac à un emplacement judicieusement choisi, une contre plaque légère, et un boulon M6 avec ses rondelles. Résultat, un sac toutou tiré par sa bride qui vous suit docilement partout, en aboyant un peu bruyamment sur les bandes crénelées. Mais fini les épaules et articulations dévastées. La prochaine fois je ferai caoutchouter les roulettes de plastique pour éviter d’ameuter les salles d’embarquement.
Un retard annoncé de quinze minutes à l’embarquement, qui double allègrement dans la vie réelle, mais compatible néanmoins avec les presque deux heures de correspondance à Munich, ne m’émeut pas. Transport au terminal d’arrivée par bus sur le tarmac à Munich. On se croirait à Roissy. Surement géré par aéroport de Paris. Parcours des contrôles simplissime et fluide. Je me pose dans le hall des départs face à une plantureuse bavaroise coiffée d'une belle moustache d'un beige dense rassurant, et habillée d'une splendide robe d'or pâle au coeur de laquelle s'étirent de facétieuses et pétillantes guirlandes joyeusement turbulentes de fines bulles ascendantes qui courent vers la lumière. Et loin derrière la mousse alors que j’ai dégainé mon iphone pour donner ma position à ma tour de contrôle, le flou photographique me dessine une silhouette connue. Ariane avec qui nous fûmes un binôme de choc en 2009 pour notre première mission à Hwange et qui semble chercher son chemin ou quelqu’un. Bras en l’air, je fais le moulin à vent, sourires ravis, embrassades d'épatantes retrouvailles, vite une autre bière svp, histoires, histoires, le temps passe trop vite, tellement qu'on est déjà dans l’avion, séparés. C’est parti.

Vol monotone. Travée centrale que je hais furieusement pour l’éternité. Bon, pas de nez collé au hublot pendant des heures, pas de torticolis à l’arrivée donc. On se console comme on peut. Mais l’attente délicieuse sous les étoiles, de l’aube mauve aux reflets d’or et de pourpre me manque terriblement. Chaque siège devrait avoir son hublot et chaque voyageur pouvoir retrouver ses douze ans, le nez collé à la vitrine du ciel. Repas sans relief. Le viognier d’Afrique du Sud est bon, après un whisky banal et avant un café exécrable.
Je pêche dans le catalogue des films "A million dollar baby", dont le sujet ne m’avait pas inspiré lors de sa sortie en salle, l’histoire d’une boxeuse, bof. J’eus tort. Superbe, acteurs magnifiques, réalisation magistrale, totalement convaincant, tragiquement beau. Bon sommeil ensuite.

Mardi 26 mars
Réveil de passager ordinaire. Petit dej’ bienvenu et vite oublié. Atterrissage en douceur. Johannesburg, "Joburg" comme disent les initiés locaux. Je retrouve Ariane à la sortie de l’avion. Encore un contrôle ou deux, et une carte d’embarquement pour Ariane, et nous sommes dans le hall des départs. Deux heures à tuer avant le vol pour Vic-Falls. Inévitables boutiques et super-marchés hors taxe. Un paire de bouteilles de vins Sud-Africain (chardonnay et cabernet-sauvignon/Merlot) pour les soirées à Sinamatella. Pas de Whisky. Je me flagelle un peu.
Vol vers Vic-Falls grand banal, jusqu’au toucher sur la piste. Là le pilote remet les gaz et on repart plein pot. C’est une première. J’ai déjà vu des remises de gaz pendant l’approche en finale, à Roissy par exemple dans le brouillard, mais jamais avec une totale visibilité et après le toucher. Sinon c’est quand je les faisais moi-même en apprenant à piloter. La chef de cabine parle vaguement de tranchée sur la piste... Donc on refait un long tour de piste – c’est un A320 - et en finale le pilote remet ça, pour un autre tour. Il nous en fait trois comme ça. Nous n’aurons pas le fin mot de cette histoire, mais si le pilote n’était pas un grand anxieux qui sortait de l’école, c’est qu’il était bien beurré. Bref, il nous a posés finalement. Quelques mines avaient tourné au vert pâle. Ariane en a rempli son petit sac de courtoisie.
Queue interminable au guichet de l’immigration où les visas sont rédigés à la main par deux préposés d’une implacable lenteur, aussi appliqués qu’indifférents à notre impatience contenue. Mes bagages ont émergé enfin, très tard, mais avant que les bras ne m’en tombent. J’attends quarante minutes Ariane qui a eu la malchance de sortir de l’avion parmi les derniers.
Assis sur un coin de marche devant les bagages alignés, je rêve, mon sac à mes pieds. Un faucheur (ou faucheux, opilion, araignée de maisons aux grandes pattes) émerge de sous le sac, et probablement de dans le sac (y a-t-il des faucheurs au Zim ?) auquel cas la pauvre bête est loin de chez elle. Hésitante, elle semble se demander où elle est. Si elle savait la pauvre. Elle s’éloigne de moi sur le sol du hall des bagages, à pas comptés, prudents, comme à tâtons, tellement fragile et vulnérable, avançant ses longues pattes graciles et élégantes d’un pas délicat de ballerine. Attendrissante. C’est comme ça qu’on introduit des espèces envahissantes. Le Zim sera peut-être un jour englouti sous les faucheux par ma faute, le fâcheux des faucheux. Elle marche vers son destin et je lui souhaite bonne route. Le Livingston des araignées peut-être.
Je sors retrouver notre accueil – un taxi envoyé par Trevor - de peur qu’il ne s’impatiente et nous abandonne. Il tient un panneau sur sa poitrine avec nos deux noms écrits dessus. Grands sourires et congratulations d’usage, puis bavardage météo et autres en attendant Ariane. Un gars qui passe nous identifie et nous demande de saluer Steve, il est biologiste - Gregory - et travaille dans le parc sur les lycaons (painted dogs).
Enfin en route, pour une heure et demi de bon asphalte jusqu’à Hwange, gros bourg minier, au nord du parc où Steve et Sue nous attendent sur le parking du centre bourg à l’ombre des flamboyants. Embrassades etc… Transfert des bagages et on file. Steve a besoin d’un foret à béton de 6 mm pour poser les plaques commémoratives. Cinq points de vente (hangars) et pas un foret (j’enrage de na pas avoir acheté le jeu de forets que j’avais prévu d’apporter). Cela donne la mesure de ce qu’est ici le moindre problème d’outillage.
Enfin on roule vers le parc. Le confort de la nacelle approximative du bon vieux Toyota n’est pas le même que celui du taxi, mais ô combien réjouissante cette rudesse, tout comme le vent dans la tignasse ou ce qu’il en reste. Bientôt la piste et sa poussière légendaire, et l’épreuve des camions de charbons de la mine à ciel ouvert juste avant l’entrée du parc, qui roulent à toute blinde. C’est la roulette minière : un camion croisé = deux douches appliquées. Si vous échappez au pneumologue.
sinamatella sinamatella_2 Et enfin Sinamatella vers 17h. Rien n’a changé. Aussitôt sautés du Toyota nous courons au bord du plateau : la plaine à nos pieds cent mètres plus bas est toujours là. Plus de trace de l’inondation de février, mais de grandes mares résiduelles brillent au soleil couchant dans le cours de la rivière Sinamatella. Ils ont de quoi boire partout pour encore un bon moment. La savane a commencé à bien jaunir. Les différentes espèces d’arbres arborent chacune sa nuance de vert, les crottons des berges d’un brillant étonnant, sur la teinte dominante de fond d’un vert plus mat des mopanes.
Nous nous installons dans le bungalow face à celui de Steve et Sue. Le grand placard penderie de ma chambre est la réserve de pièces détachées et autre quincaillerie. Débordant au point qu’il n’est pas possible fermer la porte. Bon. Nous ferons avec. Pas la peine de leur compliquer la vie avec une remarque dont je sais ce qu’elle provoquerait. Ma valoche sur une chaise fera office de réserve. La chambre est spacieuse, l’autre lit sera le placard. Douche, puis bière, sont fort bienvenues. Nous nous posons sur la terrasse pour une première discussion. Steve m’apprend que la pompe de Bumbusi-South (B-S) est en panne depuis quelques jours. Merde ! sale nouvelle. On a donc une pompe à monter et une à dépanner. Elle a été trouvée arrêtée avec une alarme de couple demandé trop fort sur l’affichage de l’onduleur. Ils l’ont démontée et nettoyée. Ils ont sorti un gros paquet de saletés sans doute tombées de la tuyauterie métallique de sortie d’après Steve. Ils ont vérifié la mobilité en rotation des axes pompe et moteur. Tout à l’air bon. Mais ils n’ont pas pu démonter le corps de pompe. Steve est optimiste. On y va demain pour la tester et la remettre en place. Bon. Nous verrons. Croisons les doigts. Souci.
Le pilier de coin de la terrasse est bien enfoncé du bas et le béton bien fissuré sur toute sa hauteur. Steve nous explique que c’est là l’œuvre d’un véhicule du parc qui n’avait pas de freins et qui a voulu s’arrêter contre le trottoir qui prolonge la terrasse. Le trottoir n’a pas suffit. Le pilier a fait le reste.
Impossible d’avoir une connexion internet via le wifi satellite de Steve. Le DHCP de sa boite refuse apparemment de donner un n° IP à mon macbook. Vraiment pas bon, compte tenu de tous ce que j’ai en cours au pays. Mais bof. Message à Magali quand même depuis le compte de Steve pour lui dire qu’on est là.
Dîner vers 19h30. Nous ouvrons une bouteille. Longue discussion du programme de Planète-Urgence à Hwange et de la nouvelle situation résultant de la scission de DART. Les oreilles de certains ont dû bien siffler.
Au lit vers 22h après avoir salué la Croix du Sud et le beau ciel d’Afrique Australe. Il fait bien chaud.
J’ai apporté : plaques commémoratives, contrôleur électrique digital (le précédent est mort), petite scie à métaux (qui nous a tant manqué en 2011) et mon mètre à ruban. Pas plus car Steve a évoqué la nécessité impérative de ne surtout pas dire à l’immigration qu’on venait pour travailler (of course not !) et que la proximité des élections/référendum rendait tout le petit monde des contrôleurs assez nerveux. J’ai bien regretté d’avoir été aussi timoré.

Mercredi 27 mars
Nuit calme. Eveil 6h30. J’ai eu trop chaud, à cause des fenêtres fermées sans ventilateur de plafond. Erreur à ne pas renouveler. Petit tour devant la maison pour saluer et savourer mon premier matin. Le soleil émerge doucement. C’est son heure. Petit dej’ toujours le même : mini buffet avec assiettes, bols et couverts, à dispositions, et toasts, diverses céréales, thé, café en poudre, lait, eau chaude. Confitures et margarine (Stork country spread, pas de beurre) sur la table commune sur la terrasse. Surtout ne pas négliger de faire le plein car le déjeuner de midi sur le terrain est léger et les gros mangeurs peuvent se trouver en difficulté.
Nous descendons à l’atelier (300 – 400 m) pour percer les quatre coins des plaques commémoratives que Steve tient à installer rapidement malgré mes objections sur la non priorité de cette opération, et pour voir la pompe de B-S que nous allons réinstaller. La recherche des vis pour la fixation est édifiante (photos).
- La rotule -
rotule En remontant à la maison, subitement le Toyota file tout droit et le volant est en roue libre dans les mains du conducteur. "Oh !" dit Steve calmement en bon sujet de sa gracieuse au flegme inaltérable, et en arrêtant la voiture, "J’ai déjà eu ça". Nous passons sous le véhicule et en effet, la rotule de direction est simplement sortie de son logement et pendouille mollement sous le châssis. Petit flash mental anticipatif : plus de bagnole = plus de mobilité = plus d’installation ni de dépannage de pompe = catastrophe totale. Pas le temps de frémir à cette perspective. Un broussard ne frémit pas. Remontage bricolo-fil-de-fer, retour prudent à la maison. Démontage de l’ensemble de la barre direction. Le jeu de la rotule est monstrueux, elle sort du logement sans effort. C’est la raison de l’incident. Steve veut faire souder une barrette pour empêcher que rotule et logement ne se désaccouplent à nouveau. Le mécano de l’atelier lui déconseille fermement et je l’approuve sans réserve. Et comme le mécanisme est pourvu d’une vis de rattrapage de jeu, on lui fait remplir sa fonction, et ça marche. A 11h tout est réparé remonté et nous sommes prêts à partir. En France on en avait pour une semaine au moins. C’est où déjà qu’on est les meilleurs ? Là-bas ou ici ?
Pas de commentaire sur ce qui pourrait se passer si cette chose devait arrivait à nouveau dans les énormes cahots de la piste quand on roule plein pot dans la forêt de mopanes. J’y penserai de temps en temps au cours du séjour, mais pas souvent. Merci Toyota.
On embarque la pompe de B-S et on file sur le site. Incident oublié. Je retrouve Bumbusi-South avec un peu d’émotion. Mais pas trop le temps de s’émouvoir. Sur place il faut peu de temps pour tirer le câble jusqu’à l’onduleur, brancher le tout et appuyer sur le bouton "Marche". L’affichage des voyants nous répond tout de suite "Alarme couple trop important". Le problème n’est pas réglé. Démontage du connecteur sur l’onduleur : les conducteurs ont surchauffé. Gaine craquelée sur deux des phases. Le plastique d’isolement du connecteur est déformé. Test électrique des bobinages du moteur : les trois phases donnent une résistance de 1.5 ohm, ce qui me semble raisonnable pour un enroulement de moteur électrique, mais à vérifier, et les trois sont isolées de la masse. Rien d’autre qu’on puisse faire à ce stade.
papillons

Visite de la mare avant de repartir, à une centaine de mètres du pompage. Elle a encore de l’eau. Quelques oiseaux, échasse blanche, ruff (chevalier combattant), 3-banded plover, ... Des papillons sont posés en groupes multicolores (dominante jaune) dans la boue de la rive, très photogéniques. Retour vers Sinamatella. Arrêt pique-nique à la borne où Steve veut poser la plaque pour qu’elle soit visible des touristes. Crottes de guépard sur la borne. Ils aiment se percher dit Steve. Déjeuner classique de Sue. Puis pose de la plaque (photos). La Makita du Pic Vert (transportée par Ariane en 2012) fait merveille (autant que les chassepots de Napoléon III et du sinistre Général Failly). "Steve ! pas de cheville à mettre dans les trous pour tenir les vis ?". Qu’à cela ne tienne dit Steve, chevilles de brousse : un canif, une branche de diamètre approprié et le tour est joué. Comme je me sens trop bête.

baindespiafs Arrêt au lac de barrage de Mandavu an retour. Il est plein comme jamais. Nous prenons le thé sur la terrasse qui domine le lac. L’aigle pêcheur est à son poste. Et les autres : Héron Goliath, aigle martial, aigle bateleur, whisked terns (sternes), guêpiers d’Europe (sur le départ), grande aigrette, cormorans, paradise flycatchers, scarlet chested sunbird, francolin du Natal…

Un vol de travailleurs à bec rouge (quelea-quelea, le mange-mil du Cameroun) exécute à quelques dizaines de mètres une fantastique ronde collective autour d’un buisson de la berge. Ils s’abreuvent et se baignent par dizaines ou centaines dans l’eau du bord dulac dans un magnifique ballet aquatique, nuage d’oiseaux follement mobiles s’agitant en tous sens dans une rosée scintillantes de gouttelettes que leur mouvement entretient, puis ils quittent le site de baignade et s’envolent en tournant derrière le buisson par la droite tandis que d’autres ou les mêmes émergent de derrière le buisson par la gauche de l’autre coté pour venir se baigner et boire à leur tour dans la même délicieuse fête visuelle, pour s’en aller ensuite par le même chemin, et ainsi de suite. Cette guirlande joyeuse et lumineuse dure plusieurs minutes, ronde aussi étonnante que merveilleuse (photos). Sue me dit que c’est habituel. Ils font toujours comme ça.

Il faut partir.

ombrette_2 ombrette_1 A deux pas du camp, nous croisons un nid énorme dans un arbre, très massif, dont le volume signe l’appartenance : nid d’ombrette. Et nous pouvons même voir en passant que le propriétaire est à la fenêtre (photos). Nous le verrons à peu près tous les jours.
Message SOS pompe à Thibaud Vibert notre correspondant préféré chez Tenesol (cf journal 2011). Mon tonus moral est en baisse. Douche.
Dîner pizza ce soir, petit verre de vin et glace, café.
Demain nous allons à Robins Camp, à 1h30 de piste environ. C’est l’un des trois camps du parc avec Sinamatella et Main Camp, et ce sera une première visite pour moi. Steve doit participer à la formations ornithologique des gardes du parc pour la participation à SABAP 2 (atlas des oiseaux d’Afrique Australe). Nous partirons tôt.
Retour à ma chambre vers 21h30. Coup d’œil sur mes photos du jour. La ronde des quéléas à l’air correcte, au moins pour l’atmosphère. Mais mon bridge Lumix à la détente un peu trop facile avec l’option multi shots cinq photos par seconde. Mes déclenchements voulus uniques sont doublés quand même une fois sur deux. Il faut que je me fasse le doigt plus léger.

jeudi 28 mars
Reveillé dix minutes avant le gong de 6h. Bon sommeil, avec fenêtres entrouvertes et ventilateur. Les moustiques sont rares. Toilette de chat. Ariane à qui rien n’échappe, a débusqué une trace de serpent devant la maison. Cobra probable dit Steve. Cracheur sans doute. Bof me dis-je. Pas bof en fait, du tout. Thinkwell s’est fait cracher et il n’a dû la conservation de ses yeux qu’à l’intervention rapide de Steve. Avisse ! le cobra cracheur crache d’abord et mord ensuite, si affinité. On établira plus tard qu’il a probablement son repaire sous la maison. Frissons.
Nous embarquons à 8h30 sur la nacelle à deux banquettes du Toyota, en compagnie de trois rangers qui vont participer à la formation. Très joli parcours, en terrain assez plat ou légèrement vallonné, à travers une alternance de milieux typiques de la région, prairies ouvertes, boisement de mopanes, paysages arbustifs en apparence mais souvent qui résultent largement de l’action des éléphants qui arasent annuellement les jeunes arbres à environ 1.50 m de hauteur. On peut observer là que ces arbustes (arbres arasés) ont refait des pousses qui vont jusqu’à environ un mètre et plus de longueur. Ces pousses vont constituer le fourrage annuel des hardes d’éléphants qui vont pâturer ces prairies qui ne seront plus à la fin de la saison sèche qu’une immense armée de spectres brunâtres, desséchés et décapités, pour renaître l’année suivante. Ainsi va la nature en ces lieux, et en ses caprices ou en sa sagesse.
Le camp de Robins n’est pas très différent de deux autres, mais il a une histoire intéressante. Une espèce de tour carrée (3 étages) se dresse en son centre, au sommet de laquelle une terrasse couverte domine le paysage environnant. Cette tour contient le centre de transmission du camp et au premier étage le musée Robins du nom du créateur du domaine. Steve nous abandonne pour sa formation et nous laisse aux mains de Sue.
Après un petit tour dans le jardin d’agrément du camp où Ariane me fait savourer le parfum merveilleux des fleurs des frangipaniers qui le bordent, nous visitons le musée. Steve nous a expliqué hier soir que Mr Robins était un vieux misanthrope, aigri et violent qui vivait seul en pyjama au milieu d’une meute de chiens, et qu’il avait fait creuser des tranchées en travers des pistes à l’entrée de son domaine pour en interdire l’accès, domaine qu’il était prêt à défendre les armes à la main. Le gouvernement de l’époque en sa grande magnanimité avait toléré ce comportement et l’enclave que constituait le domaine dans le parc national (créé en 1930) jusqu’à ce que l’intéressé se décide à passer l’arme à gauche. Nous nous attendons donc à en découvrir plus sur ce vieux personnage de western monumentalement bougon. Déception si l’on peut dire, étonnement en tous cas. Le musée nous dit d’abord, photos à l’appui, que H.G. Robins vivait habillé normalement, comme à la campagne, avec beaucoup de chiens effectivement, mais qu’il était plutôt fort civilisé, grand défenseur du milieu naturel, que ceux auxquels il s’était opposé étaient les fermiers locaux que leur rapacité conduisait à vouloir éradiquer tout ce qui gênait ou menaçait, ou concurrençait leur bétail, qu’il a été parmi les premiers pourfendeurs de braconniers, qu’il était féru d’astronomie, sa lunette, instrument moderne de l’époque trônant au centre de la salle du musée et attestant fièrement de la curiosité scientifique de l’intéressé. Sa crainte de voir son domaine (environ 80 km2) vendu et transformé après sa mort en pavillon de chasse l’a amené à le léguer au gouvernement de Rhodésie sous réserve qu’il constitue un sanctuaire de la faune sauvage. Ainsi naquit "Robin’s camp sanctuary". Robin fût en fait un citoyen tout à fait estimable, soucieux du bien commun, et l’un des pères du parc national avec Ted Davison. Les photos de H.G. Robins montrent un personnage qui inspire plutôt la sympathie. On ne sait où Steve a pêché l’histoire qu’il nous a contée, mais il est dit dans le texte de présentation que cet excentrique barbu avait suscité bien des légendes. Paix à l’âme de Mr Robins. Notre admiration pour le grand précurseur qu’il fût lui est définitivement acquise.
vue_Robin Nous passons un moment sur la terrasse d’où la vue est superbe sur la forêt environnante. Et nous découvrons après un bon moment que le couple de red-winged starlings (étourneau à aile rousses) qui nous fait savoir obstinément que nous ne sommes pas les bienvenus sur leur terrasse, niche en fait sur une poutre dans un coin de la terrasse et que la femelle est en pleine couvaison. Retraite prudente.
Dans la salle des rangers du 1er étage une affichette montre les empreintes des divers types de traces de pas humains pour les patrouilles anti braconnage. Drôle.
Nous partons ensuite en voiture pour une mare que Sue ne trouve pas. Elle nous embarque sur une piste bourbeuse d’où je crains que nous ne revenions jamais. Finalement si. Nous revenons après nous être perdus. Bref, pas de mare ce matin.
Nous attendons Steve dans le jardin ornemental parmi les jolies huttes à toit de chaume, en chassant les piafs du coin, le doigt sur la détente du téléobjectif. Totale inanition quand Steve émerge enfin après 13h. Déjeuner rapide puis départ à pieds en groupe avec les gardes pour un tour d’observation ornithologique (birdwatching) sur le terrain. Intéressant. Steve identifie les piafs à l’oreille et nous les fait chercher.
piaf_Robin dragonfly Il fait très chaud, et grand soif. La ballade est plus longue que prévu, mais nul ne s'en plaint. Nous passons sous le lac de barrage de la rivière Deka. Bourré d’oiseaux et de libellules. Tawny eagle, little banded goshawk, giant kingfisher, green backed heron, three-banded plover, oedicnème (burhinus vermiculatus), red dragonfly (libellule, photo) certains que je n’avais jamais vus auparavant. Dommage que le temps presse, il faut partir.
Retour à Sinamatella. La route semble longue aux volontaires fatigués. Mais les paysages dans la lumière du couchant sont encore plus beaux. Un superbe héron Goliath pêche au bord du lac de Mandavu lorsque nous passons devant les fourrés qui le bordent. Mais Steve ne s’arrête pas. Grrr… Arrivée au camp avec la nuit vers 18h40. Rituel douche et bière pour se régénérer un peu. Nous parlons oiseaux au dîner. Le petit duc local (african scops-owl, otus senegalensis) qui enchanta nos soirées en 2011 (voir plus loin) est un proche parent du petit-duc scops européen (otus scops). L’effraie locale (Tyto Alba) est la même espèce que la nôtre mais son appel est un sifflement très sonore facilement identifiable quand la notre n’émet qu’un sourd chuintement. Mais il existe 30 sous-espèces (cf Wikipedia). Il n’y a pas de parent de notre chevêche en Afrique Australe, mais une cousine de la chevêchette est présente (glaucidium passerinum vs perlatum) avec un plumage très semblable et le même trompe-l’œil anti prédateur sur la nuque ! Mystères de l’évolution.
Steve nous montre les images du piège photo, collectées en repassant hier près de la borne porteuse de la plaque commémorative de B-S. On y voit un beau guépard, l’auteur des crottes trouvées sur la même borne le jour de l’installation. Le guépard aime déféquer haut nous confirme Steve. God knows why !
Soirée intéressante.
Couché fatigué. L’éclairage de ma chambre est tellement anémique que je n’arrive pas à lire.

vendredi 29 mars
Un rêve stupide de chantier de construction urgent pour Elise. Univers de parpaings hideux, indécodable.
L’air très frais du petit matin me coule sur le visage depuis le fenêtron situé juste en dessus du lit. J’ai dû me couvrir et enfiler mon haut de pyjama auparavant. "Chilly night !" dira Sue en exagérant un peu. Debout et dehors à 6h30. Un, deux, trois, soleil. Il émerge en majesté dans la solennelle lenteur qui sied à sa grâce. Quelques éléphants, un petit groupe de zèbres et une famille d’impalas pâturent paisiblement la plaine en dessous de nous. Un jour de plus loin de la dent du lion. Toujours le même sentiment de commencement du monde.
puzzle découpe Mais la réalité en son principe nous rappelle que la pompe #2 est sur l’étagère. Il est temps de s’occuper de notre installation. Descente à l’atelier de mécanique après le petit déjeuner pour examiner enfin le matériel. Nous faisons le tour des éléments du chargement et de la visserie/quincaillerie disponible. En divisant l’ensemble en deux sous ensembles identiques (il y a deux modules identiques), nous disposons de 32 éléments de profilés métallique pour chaque module et d’un dessin d’ensemble vue de face et de coté pour réaliser le montage. Aucune notice de montage ou dessin détaillé ou nomenclature qui précise la destination de chaque élément. Bonjour le puzzle. On va s’amuser. Et il manque les goujons d’ancrage de la structure à sceller dans les semelles de béton. Je suis un peu vert. Invention donc ce jour du vert Tenesol (tout le monde n’est pas Veronese) déjà expérimenté bien gravement en 2011. Je préfère le bleu pintade créé avec Ariane en 2011. Mais un miracle nous sauve, Steve se souvient que pour la pompe #1 de B-S qui était montée sur quatre piliers de bois, il y avait des goujons dans le colis, qui étaient alors inutiles (ne riez pas) mais qui vont peut-être nous sauver aujourd’hui, sinon c’est Bulawayo à 400 km pour les courses. Il les retrouve. Huit tiges filetées de 12 mm. Assez longues pour produire 16 goujons en les tronçonnant, l’atelier disposant – miracle encore – d’une petite disqueuse. Il en faudrait 32 (8 sabots et 4 par sabot) mais on peut faire avec 16 en aménageant les réservations dans le béton pour sceller les autres plus tard.
Assez de palabres. On charge l’arrière du Toyota d’une première fournée d’équipement, dont le ciment des fondations et en route pour Baobab avec nos deux jeunes terrassiers qui vont se charger de creuser les fondations et de recreuser le fossé de protection autour de l’installation. Heureusement, Baobab est bien moins loin de Sinamatella que Bumbusi-South, et seulement à un peu plus de trente minutes d’une piste aussi bien moins difficile. La nature est encore verte. Nous traversons la rivière Sinamatella sur les restes d’un pont. Le peuple des oiseaux, papillons, libellules, et des autres, occupe les mares résiduelles du lit de la rivière en cours d’assèchement. Nous passons près d’un joli promontoire boisé, sur le flanc duquel trône un baobab majestueux. La piste est plutôt bonne, malgré quelques segments bien cahotants, et la traversée toujours précaire de quelques lits de cours d’eau à sec.
terrain_nuterrain_nu_2 Je retrouve Baobab avec plaisir et l’idée réjouissante d’y être utile (coordonnées GPS UTM 35K 0434453 / 7943289 pour les intéressés). Nous prenons tout de suite les premières marques. L’ancienne structure est écartée. Elle est fort solide (tubes de 80mm soudés) et j'en connaissais l'existence pour l'avoir déjà vue. J’ai proposé à Steve deux fois par message de la réutiliser, et il est clair sur place que c’était parfaitement faisable, moyennant une interface mécanique d’adaptation facile à réaliser, avec le bénéfice de deux bonnes journées de travail en moins. Mais il n’a jamais répondu à cette proposition réitérée. Bref, l'heure n'est pas à la déploration, on s’y colle. Il faut choisir l’emplacement. Je cale la zone choisie le plus loin possible de l’ombre portée d’un mopane voisin, à la limite du fossé anti-éléphants. Cette fois je n’avais pas oublié la boussole pour l’orientation des panneaux, et en prime je montre à Steve aussi comment déterminer le nord avec une montre (à aiguilles) et le soleil. Il est ravi d’ajouter cette astuce à sa trousse à outils de broussard (J’ai appris ça à 57 ans dit-il). L’ombre du beau mopane voisin nous gêne à l’ouest. Il faudra sans doute amputer l’arbre plus tard, peut-être lourdement. Nous verrons. Préparation du chantier : j’applique les leçons de dessin industriel reçues il y a cinquante ans. Tracé des axes matérialisés au cordeau, puis tracé de l’enveloppe extérieure des embases (photos). Piquetage des centres des 8 plots de fondation de 50x50 cm2 à creuser à 40-50 cm de profondeur. Cette configuration est une réduction sévère des indications de la notice Tenesol qui propose une fondation continue représentant plus de 3 m3 de béton à préparer… Impraticable ici. La bétonnière c’est nous. Tracé des angles droits par la méthode 3-4-5, bien connue sur tous les chantiers de la planète. Merci Pythagore. Les terrassiers attaquent le creusement des fondations.
corvée_sable_1corvée_sable_2corvée_sable_3 Pendant ce temps nous allons chercher du sable à la rivière. C’est à trois minutes de voiture. Le lit de la rivière est environ deux mètres en contrebas du sommet de la berge où nous arrivons. La rampe de descente est impressionnante et le Toyota prend une gîte qui me fait dire à Ariane de sauter vite de la nacelle coté amont et sauter avec elle. Steve imperturbable plonge dans la descente et accède au lit de la rivière et à son sable sans dommage. Le fond est mou et le Toyota pédale un peu dans le vide. Mais le captain connaît son bateau. Il sait ce qu’il fait, et ça passe, avec les 4 roues motrices.
Une fois le plein de sable fait, retour au chantier et préparation de la première gâchée de béton. Steve et moi au béton, les filles à l’empierrement des fonds des fouilles. Puis coulée des fondations une à une.
gache_béton Coup d’œil sur la mare avant le déjeuner. Elle est à 20-30 m du chantier derrière une bande arbustive. Un couple de sarcelles à bec rouge (red-billed teal) s’envole, et un couple d’oies d’Egypte s’éloigne prudemment sur la bosse de la berge. Les sarcelles repassent plusieurs fois. Normal, le prochain point d’eau est à 10 km.
Nous réfléchissons sur la méthode. Navigation à vue. Il est convenu que nous ferons un montage à blanc d’une des deux structures pour comprendre le montage et vérifier que tout se tient. Ici ou à Sinamatella. Pour aujourd’hui je propose que nous remplissions les fondations à la moitié ou aux 2/3 en réservant pour demain la finition et la phase de positionnement des sabots de fixation de la structure sur chaque plot de fondation. Car ce positionnement doit être précis dans les 3 dimensions et ce sera long. Adopté.
Suite du chantier après le déjeuner.
gache_bétonterrassements Vers 16h30 Steve retourne avec les terrassiers pour une seconde fournée de sable. Il nous confie au retour qu’il s’est fait peur et qu’il a failli verser dans la descente de la berge, et qu’il ne fera plus l’exercice désormais, trop dangereux. Approuvé sans réserve. Il suffirait d’un coup de pelleteuse pour aménager cet accès et le sécuriser. Mais pas de pelleteuse sous le pied des zèbres ici...
Les terrassiers ont été un peu imprécis dans le creusement des trous. Il a fallu pratiquer un petit rattrapage pour l’un deux.
Fin de chantier à 17h. Retour au camp. Belle lumière. Passage sous le nid d’ombrette avant l’entrée du camp. Elle est à la fenêtre.
Nous passons à l’atelier voir les éléments de la structure porteuse à embarquer demain. Je demande à Mr Mafa le chef d’atelier de nous fournir des cales de bois identiques pour déporter en hauteur les mesures de niveau et s’affranchir des irrégularités du sol parfois plus haut que le haut des fondations. Nous les coupons dans un vieux bastaing. Demain devrait être un autre (bon) jour.
Lessive vite fait. Je croise une petite grenouille qui prend ses quartiers de saison sèche dans le regard d’écoulement du robinet extérieur.
Enfin la douche, puis la bière. Nous discutons concessions de chasse et autres avec Steve. Je lui montre le plumard à baldaquin dans lequel vont dormir Alain et Mado en mai dans la concession de Wilderness Safari au sud du parc. Je préfère un matelas approximatif, une petite toile, le grand ciel en dessus et les appels des scops autour qui habillent la nuit de leurs courtes incantations.
Je me sers un micro-whisky, extrait d’une demi bouteille orpheline abandonnée là par un volontaire PU.
Après le dîner nous admirons vers 20h le lever de la lune. Magnifique disque orangé qui émerge de l’horizon et se glisse doucement dans un ciel somptueux que sa présence va bientôt éteindre - si on peut dire - de sa propre lumière. Nous observons le grand nuage de Magellan. Pas de petit nuage visible. Steve nous montre la nébuleuse Oméga centauri dans Le Centaure près de la Croix du Sud, qu’il a découvert grâce à son nouveau guide du ciel. Moi j’ai toujours mon petit atlas Gründ édition 1968, mais le ciel a peu changé depuis l’année du joli mois de mai. Ariane elle, a remarqué la masse noire mystérieuse sous la Croix, qu’elle a identifié plus tard grâce à son app iphone (Star Walk, fantastique !) : le "Sac à Charbon", gros nuage de poussières. Je leur montre la nébuleuse d’Orion. Bref, travaux pratiques d’astronomie collectifs très intéressants.
22h15 – Tisane, et au lit.

Samedi 30mars
Réveil nocturne vers 3h30, pas rare. Un appel nocturne vigoureux, toui-toui-toui accélérant,… puis tiou-tiou-tiou.. finale plaintive et traînante. Aucun doute : pearl-spotted owlet (chevêchette locale) dira Steve.
Rendormi vers 5h ? Rêves stupides. Réveil avec le jour.
Après le petit déjeuner nous filons à l’atelier. En réexaminant le dessin d’ensemble et les éléments réels, les choses s’éclaircissent un peu. Je comprends l’assemblage des poutres principales et leur positionnement. Il ne reste qu’un peu de flou sur les raidisseurs et des petites cales mystérieuses à interpréter. Plus besoin de faire un montage à blanc.
Nous chargeons le Toyota et nous filons à Baobab.
cordeauxpiétement_1 teatime Préparation de l’installation. Nouveau tracé des positions pour les piétements des modules, au cordeau comme avant-hier. Même méthode. Ensuite les terrassiers font le ciment et Ariane et moi la pose et les alignements. Grosse galère. Pour chaque sabot (paire d’éléments métalliques profilés en L) il faut constituer le plot de béton et égaliser la surface, puis régler : hauteur de l’appui par rapport aux voisins (niveau à bulle), écartement précis (±1 mm) des deux éléments et verticalité, position dans les deux directions (±5 mm), horizontalité relative dans les deux directions au niveau à bulle, et procéder itérativement, chaque ajustement altérant plus ou moins les autres réglages. Et tout cela à genoux et en plein soleil. Progression très lente et pénible. Six bonnes heures.
Steve est allé chercher Trevor et Agathe l’envoyée de Planète-Urgence venue de Zambie qui va évaluer la proposition de programme de leur association - Bhejane trust - pour les volontaires PU. Ils arrivent vers 10h. Courte présentation et petite discussion de polie avant de reprendre le chantier. A 13h nous en avons fait la moitié, soit 4 paires.
déjeuner_Agathe Déjeuner à l’ombre d’un grand mopane au cours duquel nous discutons de la politique de PU à Hwange avec Agathe.
fondationsfinies Reprise du chantier à 14 h. Progression plus rapide puisque à 16h nous avons terminé. Les huit sabots sont en place et partiellement – fragilement - scellés. Il faudra faire attention au grands bras de leviers des longs piliers dans la phase de mise en place de ces derniers, le moindre effort risquant d'éclater le ciment frais.
Nous passons à Bomas au retour. Le site est proche du camp dans la plaine au bord de la rivière. On y trouve un ancien enclos en rondins pour animaux – quasi fortification - que Trevor voudrait restaurer pour y installer des rhinos. Il y a aussi un très ancien réseau de panneaux solaires expérimentaux vieux d’une vingtaine d’année.
L’ombrette est à la fenêtre lorsque nous passons dessous.
Bière avec Ariane au bord du plateau face à la plaine inondée de la belle lumière du couchant. Quelques photos.
Whisky (double) à l’apéritif avec Trevor (buveur impressionnant) et des amis à lui, pendant qu’Agathe cuisine Steve sur leur programme pour le partenariat PU. Nous parlons lutte contre le braconnage. Trevor prétend que les juges ont pris la mesure du problème et que la nouvelle jurisprudence a fixé le tarif : maintenant c’est neuf ans, peine plancher. Je propose qu’on leur vende Sarko, grand spécialiste des peines planchers. Là il serait utile et pourrait gesticuler tout son saoul, ça ferait rigoler les éléphants au lieu de nous faire vieillir prématurément.
Dîner avec Trevor et Agathe, arrosé d’un chenin blanc, pas pire.
La lune est aussi belle qu’hier. La voie lactée est une fête. Le Grand Nuage sous Canopus étend son voile diaphane entre Sirius et la croix du Sud. Et on va se coucher le cœur léger.

Dimanche 31 mars
Nuit ordinaire. Rêves encore affligeants. L’ennui accablant en dormant, que je ne connais jamais en veillant. Mérite réflexion. Éveil à 6h avec les premiers chants d’oiseaux. Pas très riche, pas plus que chez nous. Pas comparable à la fantastique symphonie de l’aube naissante dans le camp du parc du W au Niger au bord du fleuve, immense crescendo musical des milliers de choristes de l'opéra africain, inoubliable. Bref, on se lève. Rédaction de quelques notes. Bruit à coté, Ariane se lève. On prend un café en pyjama sur la terrasse. Elle a entendu les lions au petit matin. S&S aussi diront-ils. Moi pas. Sourdingue le vieux. J’enrage un peu. Coup d’œil sur la plaine. Trop belle au soleil levant.
Petit dej’ avec Trevor et Agathe, qui partent ensuite.
bétonsec On discute le plan d’action : 1) Passage à Baobab pour voir l’état du béton et l’arroser pour améliorer sa prise. 2) Passage à Shumba pour voir l’état de la mare que Steve soupçonne d’être peu profonde, donc susceptible de rapidement s’assécher. 3) Aller jusqu’à la mare de Dwarf Goose (oie naine) dont les amis de Trevor disaient hier soir qu’elle était bourrée d’oiseaux, et compter les piafs. Bon programme pour un dimanche.
éléphantI Quelques photos de mangoustes naines bien complaisantes ce matin, d’écureuils et de piafs (blue waxbills, Jameson’s firefinch) à l’abreuvoir de S&S. 9h30, on décolle. Le béton à Baobab est bien. Un bon arrosage et on couvre les plots d’herbe humide pour qu’il ne sèche pas trop vite. Route vers l’Est ensuite. Famille d’éléphants sur la piste, pas pressés de la quitter. Patience dans la savane… Il me revient cette image d'un éléphant ombrageux qui trouvant un véhicule sur sa route l'en avait écarté sans ménagement. Il en été résulté l'image dérisoire d'un gros coléoptère à quatre roues, sur le dos. Finalement nos éléphants sortent de la route et nous roulons. Arrêt à Masuma de si heureuse mémoire (24h de comptage formidables en 2009). L’aspect de la mare a bien changé. Pas chouette, c’est un chantier de travaux de curage avec des tas de terre et de vase séchée grise boueuse sans végétation. Mais les piafs s’en foutent. Au contraire les ilots sont des abris sûrs pour les nicheurs (comme ceux qu’on a fait aménager sur le marais du Boutillon chez nous). La pelleteuse est tombée en panne avant d’avoir terminé le boulot en octobre dernier.
Sue prépare le café.

Masumagrues La colonie d’hippos est là toujours aussi bruyante et peu raffinée, une colonie de hérons garde-bœufs, les blacksmith plovers, les crocos, quelques échasses, œdicnèmes, gravelots, et un groupe d’oies d’Egypte pâture nonchalamment la berge d’en face. Un groupe d’impalas à l’écart se demande s’il va venir boire un coup, et un couple de grues couronnées est occupé à paître une prairie voisine.
Nous repartons.
Bref arrêt à la mare de Shumba. Oies d’Egypte, petits grèbes, …
petit_grèbe Déjeuner au camp de Shumba. Sue fait une très violente sortie à une femme qui occupait avec sa famille l’emplacement de camping parce qu’ils auraient dû partir le matin semblait-il et parce qu’ils avaient l’air d’apprécier moyennement notre arrivée dans l’enceinte du camp (un seul emplacement). Ils étaient africains du Sud, et les relations de voisinages avec le Zim ne sont pas toujours chaleureuses. Vérifié. Maudits Sudafs !
L’ébullition de Sue une fois tempérée avec le concours diligent de la placidité de Steve, nous mangeons.

Dwarf Goose pan - Après cette étape nous roulons quelques km supplémentaires jusqu’à la mare de Dwarf-Goose pan, particulièrement riche en oiseaux d’eau selon les amis de Trevor. dwarf_goose_1 Quand Steve arrête le Toyota devant la mare, j’ai subitement l’impression d’avoir changé de planète. L’étang est couvert de nymphéas bleu tendre qui créent une extraordinaire atmosphère de conte de fée. Au premier plan deux hérons se reposent sur une branche d’arbre mort qu’une main divine a posée là pour les photos. Et partout sur l’eau évoluent, canards, oies, grèbes, poules d’eau, râles, et sur les berges hérons, bec croisés au plumage noir, aigrettes, spatules, etc… C’est totalement miraculeux, d’une incroyable beauté. Stupéfaction émerveillée. Magali serait à la fête dans ce festival de verts et de bleus. Et on rêverait d’inviter Monet à cette fête. Les bras m’en tombent. Pas longtemps, car évidemment il faut mettre toute cette beauté en boite pour la conserver et la montrer ensuite, et la revoir, pas sûr dans le flux croissant de données qui nous emporte chaque jour. Donc au lieu de méditer devant ce don du ciel et d’en admirer chaque détail, je mitraille, follement, avec mes deux boites, bridge et reflex. Combien de photos pendant cette heure et demi d’émerveillements ? plus que dans le fascinant paradis glacé de Cape Evans ? Je compterai, peut-être.
dwarf_goose_2 dwarf_goose_3 dwarf_goose_3 Peu avant de partir je me rends compte en cadrant un chevalier (combattant, ruff) près de la rive que l’image du Lumix a une dominante bleue très visible que je n’avais pas notée avant, à cause de l’ambiance bleue de la mare sans doute. Je passe en mode auto, on verra plus tard.
Il faut partir, étourdis de cette fête, et la mort dans l’âme.

Demi-tour vers Shumba. Arrêt à la mare. Oies d’Egypte, petits grèbes nombreux. Quelques photos encore. Nous faisons le parcours dans l’autre sens. Arrêt à Masuma à nouveau.
Les grues sont toujours là. Les hippos aussi. Etc..
chacals Un couple de chacal apparaît. Ils s’approchent en flairant leur chemin incertain. Les oies lèvent la tête, méfiantes. Un chacal s’approche du groupe qui s’écarte prudemment tandis que l’autre chacal contourne le talus comme pour les prendre à revers. Les oies ne paniquent pas. Normal, elles ont des ailes. Finalement, les compères ne se donnent pas la peine de courser inutilement les belles. Ils s’affalent dans l’herbe de la prairie et se mettent à rêver. Et nous devons partir.
Un groupe de gnous en route. Pas de lion.
Arrivés au camp avec la nuit, 18h30. Fatigués et ravis.
Douche, dîner, plan pour demain : prendre une échelle ?
Chasse au Petit Nuage de Magellan qu’on n’a pas trouvé l’autre soir. Avec un peu de méthode, Grand Nuage, Canopus, et Sirius, il ne peut pas nous échapper. Il faut s’y prendre assez tôt car il est bas sur l’horizon et disparaît vite.
22h au lit. Transfert des photos sur le macbook.
Piafs du jour (incomplet): Collared pratincole (glaréole à collier ?), Ruff (chevalier combattant), stilt (échasse blanche), blacksmith lapwing, jacana, moorhen, coqui francolin (cou rouge), red-billed teal, white-faced duck (dendrocygne), spur-winged goose, egyptian goose, dwarf-goose (pygmy) qui donne son nom à la mare, spoon bill, marabout, cattle egret (garde-bœuf), ombrette, whisked tern, chevalier hoto ( ?), bec croisé, lesser striped swallow, …

Lundi 1er avril
Saut du lit à 6h15. Je somnolais vaguement depuis longtemps. Les piafs sont enroués ce matin.
Une bestiole m’a méchamment bouffé le coté de la jambe gauche en dessus de la malléole externe : gros bouton rouge et grosse enflure bien dure sur une grande zone autour, et grosse démangeaison évidemment. La brûlure de la piqûre m’a réveillé cette nuit. Ariane me dira qu’elle s’applique du baume Vicks comme répulsif anti insectes nocturnes et que ça marche.
J’examine les réglages du Lumix : la balance des blancs est sur mode 2 (lumière artif), au lieu de "jour" ou "auto". J’ignore par quelle manip tordue j’ai pu faire ça. La plupart de photos d’hier à Dwarf Goose pan ont été faites dans ce mode. J’espère que c’est rattrapable. Y a du Photoshop dans l’air.
J’ai un plan pour l’assemblage des supports qui permet d’éviter l’échelle.
8h15 à l’atelier. On charge les éléments restants dans le Toyota. Découverte de 4 tiges filetées de 8mm par 1m de long. Usage inconnu (pas l’ancrage béton, trop petit diamètre). Pas possible de mettre les panneaux en sécurité à l’arrière. Steve refera un tour.
Sur place à 9h. Steve repart. On commence l’assemblage. La méthode semble bien marcher (structure conçue pour être montée comme ça peut-être). Je croise les doigts pour que les sabots tiennent le coup avec un seul écrou de fixation. Finalement on trouve l’usage de tous les éléments disponibles de la structure. Le puzzle est reconstitué. Les outils, les éléments profilés de structure, la visserie, sont brûlants sous le soleil. Steve revient avec les panneaux vers 11h30. Le montage accélère. Les deux modules supports sont assemblés vers 12h30.
Arrêt déjeuner. Menu standard, salade, charcuterie type british sauf pâté made in France parfois, pas pire, riz ou pommes de terre, dessert. J’adore le cole slaw (salade de chou & carottes) de Sue, qui ignorait qu’il est servi avec le fish & chips aux US.
Nos compagnons africains mangent toujours à l’écart. C'est ainsi nous dit-on, ils font leur propre cuisine.
montage_2cmontage_2bmontage_2a Retour au chantier. 14h – Mise en place d’un premier panneau du rang supérieur, puis d’un second. Ça baigne. Mais le problème survient pour le rang inférieur. Un peu compliqué pour être expliqué ici. Voir note à Tenesol (lien sur la note). Nous hésitons entre deux options dont la plus satisfaisante nous ferait déplacer vers le haut le longeron support inférieur des panneaux du rang inférieur. Hésitations donc car un peu de perçage des supports serait requis.
Un grey-headed sparrow émerge à l’extrémité du tube supérieure de l’ancienne structure. Visite de courtoisie sans doute ou de curiosité car la température pendant le jour doit y être assez dissuasive.
Un aigle bateleur décrit de belles spirales dans le ciel au-dessus de nos têtes.
Mon dos commence à m’envoyer des signaux d’avertissement que je ne peux pas ignorer, et à donner quelques signes de faiblesse, comme quand je lui en demande un peu trop. Mais encore rien d’inhabituel.
éléphant Un dôme gris mobile apparaît derrière les taillis qui nous séparent de la mare, et se déplace en direction de celle-ci. Entre deux buissons il tourne la tête et nous observe avec curiosité, nous montre ses grandes oreilles et poursuit son chemin vers son point d’eau favori. Photos évidemment, au jeté, d’une main, grimpé en vitesse dans l’arbre voisin. Il repartira sans un regard. Ingrat ! Il faut se méfier des éléphants solitaires. L’un d’eux a tué un garde dans le parc de Zambezi récemment.
La fixation des panneaux sur les supports est pénible car il faut assembler à l’intérieur de deux profilés en U perpendiculaires un boulon dont l’écrou est freiné. Donc dizaines de tours de clé plate par boulon fois 40 boulons... les bras en l'air. Ariane s’y attelle héroïquement.
Fin de chantier 16h30. Les panneaux du haut sont partiellement montés sur les deux supports.
Miracle, Ariane a du signal sur son iphone (wz.econet). Elle me le propose pour un SMS@home. J’accepte évidemment.
17h, tea time ! Let’s go home. Eléphants et impalas sur la piste. Ombrette à la fenêtre.
Trop soif. Je prends un fanta avant la douche. Fanta, lessive, douche, bière, puis whisky, dans cet ordre. Steve m’a relevé à la main la liste des 54 espèces observées hier à Dwarf-Goose et ailleurs, dont je lui avais demandé une copie. J’ai un peu honte. Je pensais qu’il imprimerait simplement un fichier.
Je sors tout mon couchage sur la terrasse et je secoue les éléments un par un pour éliminer l’éventuel piqueur de la nuit dernière. Je demande une cuvette à Sue pour ma lessive de fringues, qui me répond grognon que les draps sont lavés par la femme de ménage. Je lui explique gentiment.
19h30 – La pugnacité d’Ariane aboutit, le petit nuage de Magellan est bien là où nous le cherchions, juste en dessus de l’horizon à cette heure, horizon qui va l’engloutir bientôt. Il fallait le chercher assez tôt.
Steve nous briefe sur la suite : il sera en déploiement de patrouille anti braconnage demain et mercredi. Pour cette raison nous irons dans le même secteur d’Inyantue pour trois nuits, jusqu’à samedi donc, et nous ferons des comptages pour SABAP 2 l’atlas des oiseaux d’Afrique Australe. Nous camperons sur place. Et nous terminerons l’installation du pompage dimanche. C’est un peu serré à mon goût car c'est le dernier jour prévu pour la mission et nous partons lundi pour Vic Falls, mais je ne veux pas contrarier Steve.
Au lit à 22H, avec un peu de baume Vicks sur les pattes histoire de décourager les bestioles entreprenantes. Avant de dormir je détermine la hauteur (ajustable) des piliers longs qui fixent l’inclinaison du plan de panneaux (~25° = latitude + 5-6°).

Mardi 2 avril
Long demi sommeil en fin de nuit. Debout à 5h45. Je tourne en rond sur la question du positionnement des panneaux. Pas très critique mais il faut décider. Ce sera l’option modifiée, avec déplacement du longeron inférieur.
La piqûre d’hier me fait mal. Gros bouton très rouge vif encore bien gonflé autour. Mon dos aussi me fait mal. Quelques étirements remédient à l’affaire. Gouttes dans l’œil pour le ptérigion (quel nom !). Galères de vieux. Bof.
allinthepickup 8h – Nous décollons. Pas de déploiement ? Jealous n’est pas au départ. Steve met un escabeau dans le pick-up. On tourne un moment dans le camp pour trouver Jealous, ou un autre. Finalement ce sera un autre : Fortune, sympathique costaud.
Sur la route un magnifique brown snake eagle est perché au sommet d’un arbre. Mitraillage photos. Complaisant, jusqu’à ce qu’il s’impatiente de voir tous ces benêts l’admirer comme La Joconde, et file vers un perchoir plus tranquille.
eagle

A 9h sur place. Steve repart en déploiement. Nous appliquons l’option choisie. Déplacement du longeron inférieur sur les deux modules, d’une dizaine de cm vers le haut pour que les rangs de panneaux puissent être montés jointivement et appuyer néanmoins sur ce longeron pour chaque module. Il faut tracer, pointer et percer les trous de fixation. Je sais faire. Mon couteau suisse est pourvu d’un (équivalent de) pointeau. Les choses vont assez vite. La Makita du Pic Vert fait merveille. Il n’y a qu’un foret de 6 mm. Pile poil le bon diamètre (Murphy est en vacances), mal affûté mais ça passe. Filetage de brousse avec les vis inox de 6 dans l’alu des longerons. A 11h45 c’est fini. On attaque l’installation des panneaux du rang inférieur.

structure_alignée structure
Coup d’œil sur les alignements des appuis des structures porteuses. On n’aurait pas pu faire mieux. Ils sont vraiment impeccables. On a fait du bon boulot et je suis très content.
Déjeuner.
Reprise vers 14h. Nous attaquons le câblage d’interconnexion des panneaux, puis installation de l’onduleur (pose des barres d’appui, encore des trous). Tout est prêt électriquement. Contrôle au voltmètre digital: 317 V, compatible valeur nominale. Premier succès. Photo pour immortaliser cet instant mémorable. Nous sommes prêts pour la suite. Mais il faudra attendre dimanche.

Steve arrive avec Hillary Madiri. Ils préparent le raccordement du long câble d’alimentation électrique (70 m) avec le câble qui va au bloc moteur.

cablage epissure Cette épissure doit être étanche. Il faut la noyer dans un boitier plastique dans lequel on coule une résine epoxy isolante. Hillary dénude les fils et fait les raccords sur dominos. Pas trop chouette, y a des brins qui dépassent hors de leur logement, mais pas vraiment de risque. Les couleurs des brins coté onduleur et coté moteur ne correspondent pas pour les trois phases. Donc le moteur risque de ne pas tourner dans le bon sens. Nous verrons bien.
A 16h15 c’est terminé. Rangement du chantier. On remballe un maximum de matériel désormais inutile ici dans le Toyota.
Des centaines d’hirondelles s’abreuvent dans la mare.
Et on rentre.
Je donne mes gants de chantier à Ncostlat’ ("Dieu est avec nous" en Ndébélé). Il est ravi, et me demandera pendant le trajet retour si je n’aurais pas aussi un ordinateur…
Pourquoi les white-browed sparrow-weavers nichent-ils toujours coté ouest du mopane dans lequel il fond leurs nids (suspendus) ? Il semble que nul n’ait vraiment de réponse satisfaisante à ce comportement bien réel et facile à vérifier.
punaises Arrivée au camp vers 17h30. Mauvaise surprise : des milliers de petites punaise ont envahi la terrasse. Elles tapissent les murs et s’accumulent dans les coins du plafond de la terrasse. Elles vont s’insinuer partout dans la maison si nous ne faisons rien. Donc les portes sont fermées, et les fenêtres des chambres, et évidemment la température monte.
Nous dinerons dans cette infernale invasion, récurrente annuellement nous dira Steve mais particulièrement forte cette année. Il s’agirait d’une migration dans laquelle les insectes cherchent un endroit chaud où passer l’hiver (local).
Dîner. Sue a fait du bresilian beef auquel je trouve une bizarre amertume. Steve dit qu’elle a mis trop de café… Molle discussion tout en surveillant et écartant les petites bêtes pas vraiment drôles. Steve nous explique son plan : nous serons 3 nuits en brousse et chaque jour nous échantillonnerons un carré de 9x9 km2 du quadrillage SABAP 2 dans le secteur d’Inyantue pour la cartographie des piafs, avec deux heures de comptage minimum par échantillon.
Ariane s’échappe aux étoiles. Chambre à 21h30. Mort de fatigue. Chaleur et poussière.
Réveil vers 3h30. Vigilance maximum. Normal j’ai dormi 6h. J’éclaire. Un peu de rédaction de notes, un peu d’ornithologie des francolins, et des limicoles d’Afrique Australe. 4h30, le sommeil capricieux et mystérieux s’insinue doucement à nouveau. Fin de l’épisode vigilance. Retour à la nuit.

Mercredi 3 avril
6h30, bon réveil. Je me lève une fois de plus avec le soleil. Préparation du sac pour 3 jours en essayant de ne rien oublier cette fois (le duvet en 2011). Mais c’est sans grand espoir comme nous le verrons. Steve s’active à la préparation du véhicule, et Sue à celle de l’intendance. Ariane fait un affût photo devant l’abreuvoir des piafs.
Toyota-chargé pompe_essence 10h30 Départ avec un seul ranger. Deux étaient prévus mais l’un d’eux est malade. Nous passerons trois jours avec le gentil et souriant Mbéwé.
Plein de gasoil à la pompe du camp (photo) dont je n’imaginais pas qu’elle put encore marcher vu son état de délabrement très avancé. Steve nous montre l’affichage du prix au gallon qui doit dater de vingt ans, il aimerait bien qu’il fût le prix actuel. Nous nous dirigeons vers l’entrée du parc pour prendre la piste qui suit la voie ferrée au nord, en bien meilleur état – pour l’entretien d’icelle - que la piste directe que nous aurions pu prendre. Mon mal au dos est stable. Insensible aux cahots. C’est bien. Quelques arrêts piafs en route. Les terribles petites abeilles du mopane commencent à nous harceler avec une ardente et infernale obstination.
Nous arrivons sur place vers 13h. Coordonnées GPS du point : UTM 35K 0464709 / 7947511. Le lieu est environ 7km au nord de la mare d’Inyantue, tout près de la voie ferrée. Il s’agit d’une ancienne entrée du camp à l’époque de sa splendeur, dont il ne reste qu’une barrière incertaine noyée dans la végétation. Nous avons aussi à disposition trois cabanons métalliques, montés sur une dalle de béton, identiques à celui de Bumbusi-South (cf journal 2011) qui sont utilisés par les rangers en patrouille.
campement_1 On vide le Toyota et on installe le camp mais pas encore les tentes. Puis nous nous préparons à partir pour un premier tour de comptage. "Let’s get some tea first", dit Steve. Noter que lorsque Steve annonce le programme de la journée, il y a toujours quelque part dans son propos, "Make some tea". Les abeilles sont hystériques. Elles forment un nuage dense autour de ma tête et attaquent simultanément les yeux, les narines, les oreilles. Mes deux mains et leurs dix doigts ne suffisent pas à repousser les vagues d’assauts. Mes compagnons ont moins de problème. C’est surtout à moi qu’elles s’intéressent. Ma sueur sans doute, dont les qualités sont notoires, construites sur un fond de bons vins et de bons whiskies, doit les attirer. Je sors le 5sur5 anti moustiques et je m’en colle partout, et ça marche. Leur enthousiasme fond comme neige au soleil du Zim. Ouf !
Le ciel se couvre un peu, pas mal même. Steve nous annonce placidement que la météo a prévu de forts orages pour ces trois jours. Oh la bonne nouvelle ! Je n’ai même pas pris un kway. Ça pète fort au sud sous une grosse barre bien noire. On a même droit à quelques gouttes. Hésitations. Mais la formation a plutôt l’air de se diriger vers l’est. On prend le risque et on y va, pendant une petite heure. Rien de très marquant. Nous suivons le lit à sec d’un petit cours d'eau. Cueillette de hampes florales séchées d’une plante très odorante. "Sauge !" dira Magali doctemment en sentant les graines que je lui ai rapportées. Certainement une espèce locale (cf photo & wikipedia). Retour vers 18h30. Il n’a pas plu. Montage des tentes. cabanontente Et voilà qu’une petite averse se déclenche. Les tentes n’ont pas de double toit sauf celle de S&S. Enlèvement des piquets et enfournement en catastrophe des deux tentes dans les cabanons. Ça passe juste ! Elles n’en sortiront plus. Adieu le moelleux confort de la bonne terre d’Afrique. Et bonjour le béton. Pas trop poétique mais pas le choix.
camp_nuit

Préparation du feu de camp en méditant sur les dalles de pleine brousse (sur laquelle je serai content d’être au sec demain soir). L’endroit ne manque pas de bois sec. Steve installe sa bouilloire à thé sur le feu sitôt prêt. Et Sue nous mijote un excellent dîner de bivouac : Poulet aux arachides et riz, et un bon gâteau en dessert. Le thé étant la seule option de boisson pour l’accompagnement du repas. No comment.
En bavardant, je dis à Ariane que je ne sais plus qui m’a raconté que l’accident avec un rhino survenu en 2011 n’était pas si grave. Elle a de meilleures sources que moi et selon elle ce fût vraiment grave. Alors, intox ? Comme Steve avait été témoin de l’accident et acteur de la scène, je lui demande de nous raconter ce qui s’est passé.

feudecamp Le groupe de volontaires et l’équipe locale étaient sur la trace d’un rhino lorsqu’ils se sont trouvés soudain face à l’animal, qui les avait flairés et qui les a chargés immédiatement. Le rhino noir est un animal très craintif et très agressif. Il est passé à travers le groupe en donnant de la corne à droite et à gauche, perforant de part en part la cuisse de la volontaire et encornant gravement à l’abdomen Mbéwé, le garde qui nous accompagne. Steve et les autres ont immédiatement construit un brancard pour Mbéwé dont on craignait pour la vie, et qui a été porté par les volontaires valides, tandis que la volontaire blessée dont la blessure était grave - mais la plaie était nette et saignait peu - a courageusement accepté de marcher à cloche-pied soutenue par d’autres personnes. Elle a aussi accepté d’attendre pendant que Mbéwé était transporté à l’hôpital de Hwange lequel heureusement pratique une excellente médecine, largement au service de la société minière. Heureusement la volontaire et Mbéwé se sont depuis remis de leurs blessures.
Steve nous précise que ce rhino était spécial. Il a été retrouvé mort l’année suivante, et après identification il est apparu que c’était le même animal qui, l’année avant l’accident, s’était réveillé prématurément après avoir été décorné par une équipe du parc, et qui s’était levé d’un bond pour charger furieusement l’hélico de l’équipe soignante. Né grognon donc.
Mbéwé semble ne pas écouter cette histoire, silencieux, l’air ailleurs et indifférent.
Au lit à 21h30 sur un matelas de camping, dans ma tente posée sur le béton de la cabane. C’est un peu dur, mais praticable. Je dors sur le dos, la position la moins inconfortable au début, mais un gigantesque, tellurique, premier ronflement me réveille et je dois changer de position. Ensuite j’ai dû ronfler comme le diable si j’en juge par le commentaire rigolard d’Ariane et les sourires entendus affichés en écho par les autres le lendemain matin.

Jeudi 4 avril
Bon, j’ai ronflé, et fort. Heureusement, quelques trains sont passés pendant la nuit.
6h - J’ai mal au dos au réveil. Le grey hornbill (calao gris ?) émet un tii-yuuu – tii-yuuu répétitif. Les Cape Turtle-Doves (tourterelles du Cap, noter que le guide des oiseaux de l’ouest africain est faux pour cette espèce, confusion avec tourterelle Namaqua), basse continue de la savane, roucoulent infatigablement leur air de grelot lancinant et un peu énervant si on l’écoute. Les calaos à bec rouge font un vrai potin de basse cour, genre pintades. J’aide Steve à préparer le feu. Puis vaisselle de la veille, je rince.
campement_petitdej Nous partons pour un tour de comptage à pieds dans le pentad (unité du quadrillage SABAP 2) local. Milieu assez forestier. Le circuit englobe un tronçon de la voie ferrée. Nous engrangeons une belle fournée de chouettes piafs (white-browed scrub robin, little bee eater, cardinal woodpecker (couple), jacobin cuckoo, blue waxbill, tawny-flanked prinia, purple widow finch (indigo bird), paradise whydah, african oriole, red-backed shrike (pie-grèche écorcheur), lilac–breasted roller, grey-backed camaroptera, ground tchagra, Arrow-marked babbler, tropical boubou, black-chested snake eagle (cousin du Jean-le-Blanc), withe-backed vulture, …
Retour vers 9h15. Thé/café. On parle des guêpiers d’Europe nombreux ici, qui vont bientôt partir et que je vais peut-être retrouver à la réserve du Pic Vert à la carrière de Rives…
Vers 10h départ en voiture. Arrêt après une vingtaine-trentaine de minutes de piste pour une seconde boucle à pieds. Milieu de savane beaucoup plus ouvert, secteur de Tschontanda et rivière du même nom. Mbéwé fait la route. Pas beaucoup d’oiseaux. Nous dérangeons un groupe de zèbres craintifs qui s’esquive rapidement vers le haut d’une colline à notre gauche. Le sommet offre un superbe panorama sur le paysage environnant. Steve a du signal sur son téléphone mobile et passe un appel que nous comprenons être avec Trevor. Ils se mettent d’accord pour notre transport sur Vic Falls lundi prochain. Après la fin de la communication Steve m’annonce que Lune a mis au monde deux chatons et que la mère et les enfants vont bien. Magali a répondu, donc pas de risque de voir débarquer des troupes d’intervention à ma recherche.

Tschontanda mbéwé&ariane Une famille d’impalas se repose à l’ombre au fond d’une combe en dessous de notre chemin. Il me faut les chercher à la jumelle pour les voir quand Mbéwé les a vus tout de suite à l’œil nu. Le chinspot batis fait un "ti-tuu-tuu, ti-tuu-tuu" haut et clair, un peu métallique, immanquable.
Retour vers 13h. Il fait très chaud. Les orages montent partout au sud. Ça va péter c’est sûr. Sandwich express à cause de la pluie qui arrive. Les abeilles sont enragées. Ça tonne sec. Finalement l’orage passe comme hier, vers l’est. Le soleil revient, mais plein de cumulus se congestusent partout et la menace se renouvelle, lourde, comme la chaleur. En moins d’une heure la vague suivante est prête. Nous partons quand même pour un autre transect en voiture au nord de la voie ferrée. Une partie se situe dans la zone cynégétique contiguë au parc. Déserte. Mbéwé assure l’orientation et dicte le choix de la piste à suivre. Quelques oiseaux intéressants, grey shrike, juvénile de loriot africain, tawny eagle en vol, crested francolin (en famille, photo). Je rate un autour chanteur que tout le monde voyait, sauf moi. Gros lézard sur le tronc d’un arbre. Finalement le temps s’est levé et il fait beau.
Retour vers 17h20. Parcours plus long que prévu.
Et rien à boire, pas une goutte de bière pendant 3 jours. Même Ariane trouve ce régime trop dur. C’est Sparte, le Pont de la Rivière Kwaï, avec un peu de thé pour survivre. Et pas une goutte de whisky non plus bien sûr.
18h30 La nuit tombe. Séquence préparation du feu. La faux locale – genre de sabre d’abattis dont la lame est pliée à l’extrémité sur une quinzaine de cm pour former un angle obtus assez largement ouvert – est aussi utilisée pour regrouper les braises du feu de camp. Steve allume sa lampe Coleman, la même que nous utilisions pour camper à Yosemite, Yellowstone, etc…, en 76. Petite bouffée de nostalgie. Rapportée en France, elle est toujours dans le grenier à Nantoin.
Il fait soudain très frais. Non seulement je n’ai pas pris de vêtement de pluie, mais pas de sweat non plus. Fameux campeur ! Je me fais un peu honte. Chips en guise d’apéritif, polente et fricassée de porc. Très bonne cuisine. Les scops nous proposent une nouvelle interprétation de leur motet a capella à quatre ou cinq voix. Le ciel étoilé en début de soirée s’éteint très rapidement, les grondements se rapprochent et la menace grandit vertigineusement. A 20h30 on sonne le tocsin. Rangement précipité de tout ce qui craint. A peine fini le rangement, c’est le déluge. Il tombe des hallebardes, des chiens et des chats, un vrai tonnerre de Brest avec des cris de putois (©GB, mais nulle n’est venue cogner à mon huis). Chacun dans sa solitude écoute tomber la pluie et tonner les cieux d’apocalypse dans les belles lueurs des éclairs. Merci au ciel pour le sursis du dîner. Je jette un œil au fenêtron pour vérifier que l’eau ne monte pas autour de la plateforme. Rien d’alarmant dehors.
Une heure après, l’orage est passé et le calme revient sur la forêt. Sommeil de bébé. Bref réveil nocturne.

Vendredi 5 avril
hornbill feumatin

5h45 - Un oiseau sonne un clairon très mal accordé devant ma porte. Vite levé et habillé, je vais faire un tour à la fraîche sur la piste en direction de la voie ferrée (nord), sans trop m’éloigner. Un groupe de pintades descend des arbres où elles ont passé la nuit. Elles sautent une à une de leur perchoir et se posent sur la piste où elle se regroupent, puis s’enfoncent dans les fourrés. Joli spectacle. Le ciel est gris, le matin est frais, et l’ambiance de brousse est belle. Un crowned hornbill (calao couronné ?) pousse des hui-hui-hui très sonores au sommet d’un petit arbre.
Retour au campement. Steve et Mbéwé sont levés. Steve prépare le feu. Mbéwé creuse un trou pour enterrer les cendres. Le sol est, là aussi, d’une incroyable compacité. Béton de latérite. On se demande comment font les arbres pour s’enraciner là dedans, et aussi comment font les nappes phréatiques et autres aquifères pour se recharger. Bientôt les bouilloires sont à l’œuvre.
Petit déjeuner. Toasts grillés sur la braise dans la lumière du premier soleil. C’est Byzance.

toastsgrillés Quelques coups de fusils de chasseurs nous parviennent de la zone cynégétique voisine. Plaie universelle.
8h40 - En route pour la mare d’Inyantue (barrage). Traces de lion sur la piste. On voit qu’il a bien plu, les flaques, fondrières parfois, sont nombreuses. Un embranchement de pistes. Hésitations de l’exécutif. On opte pour la branche de gauche, peu empruntée et potentiellement intéressante, qui aboutit aussi - disent-ils - à la mare. La route physique est hautement incertaine. Il faut les yeux de Mbéwé pour la voir. Debout dans la nacelle il indique à Steve la direction à prendre. La nature est superbe. Mbéwé nid_oeufs Finalement après quelques arrêts ornithos intéressants, Mbéwé est perdu lui aussi, et il est décidé de faire demi-tour, juste devant un délicieux nid de tourterelles du Cap garni de deux jolis œufs, perché dans un arbuste (photos). Retour à l’embranchement initial et à la piste principale. Il faut quand même à deux reprises dégager cette piste, et couper des troncs de petits arbres qui l’encombrent, conséquence de l’orage sans doute.
Le ciel s’est dégagé.
Ariane voit un Arnott’s chat (traquet d’Arnott) en route, oiseau peu commun car très spécifique de certains milieux (forêts miombo & mopane), discret, et difficile à observer. Steve l’a identifié à l’oreille, mais pas vu. Il en est baba. Et moi jaloux, qui n’entends ni ne vois jamais rien. Beuh.
Arrivée à Inyantue vers 12h15. Le niveau de l’eau dans la mare est bien bas. Elle n’est pas pompée. Elle sera vite à sec. Oies d’Egypte, blacksmith plover, comme toujours. Un beau tawny eagle arrive en gueulant comme un putois et se perche dans un grand arbre mort. On l’observe longuement à la lunette. Un african hawk eagle (gymnopede) est perché dans un autre arbre.
Le ciel est couvert mais pas menaçant.
Déjeuner.
13h30 – Départ. Un quart d’heure de piste et nous arrivons au secteur sélectionné par Steve pour ce pentad, qui s’avère impraticable à pieds à cause de la densité de la végétation. Retour à la mare pour un transect à pieds. Très beau parcours. Sous les taillis, la plage. Nous suivons le lit sablonneux de la rivière Inyantue. Une escadrille de vautours tourne en dessus de nos têtes. Ils font dans un grand silence de jolis ronds dans l’air. Arrêt comptage dans un coin superbe. Nous nous posons sur la berge. L’espace ouvert du lit est entouré de grands arbres et l’étage intermédiaire est occupé par des fourrés et taillis d’où s’évadent mille chants d’oiseaux. Il y a foule. Tropical boubou, golden weaver, blue waxbill, cardinal woodpecker, coucal du Sénégal, tawny flanked prinia,…
Parcourant l’espace ouvert à la jumelle, j’avise un tout petit martin-pêcheur (kingfisher) sur une basse branche morte d’un grand arbre. Tellement petit que je me demande si ce n’est pas un passereau. Mais non, il a tout d’un martin pêcheur, surtout l’attitude, et un joli bec rouge typique. Un peu trop loin pour une photo. J’appelle Steve et nous l’observons ensemble. Puis il file consulter le guide avec Ariane. Je jette un œil sur le mien : aucun doute, pygmy kingfisher (12-13cm). Ariane me dira plus tard qu’ils l’ont identifié comme un grey headed kingfisher, juste deux fois plus grand (20-21cm). Identification farfelue. Désaccord total que j’exprimerai plus tard à Steve, qui ne démordra pas de sa décision, ni moi de ma certitude. Et il est le patron. Mais il a tort, aucun doute là dessus. Je regrette d’avoir renoncé à la photo.
eagle_owl Après cette chouette immersion silencieuse dans le monde de la rivière à sec, nous repartons. Vers la fin du parcours, Mbéwé devant nous s’agite et nous appelle à grands mouvements de bras silencieux, l’index collé sur les lèvres. Trop tard et peine perdue, enfer et damnation, le Verreaux’s giant eagle-owl (grand duc de Verreaux) a filé. Mais Mbéwé avance doucement et le retrouve, perché dans la partie haute d’un grand arbre en arrière du talus de la berge, contre le tronc. Largement masqué par la végétation de la berge. Je me tors bien les vertèbres pour l’entrevoir et je parviens à faire une ou deux photos lisibles.
En quittant la mare un Paradise wydah prend la pose au sommet d’un buisson, genre beau ténébreux avec son interminable plumeau de mousquetaire attaché au croupion, qu’en vol il traîne comme une gueuse d'amarrage, et fait sa chochotte pour se laisser photographier. J’abandonne.
Retour au campement vers 17h30. J’ai perdu mes lunettes dans le transect. Binocles à 10€ les 3 sur internet, que je casse ou perds au rythme régulier de une unité par deux-trois mois. J’ai une paire de secours. Mais une seule.
Soirée très fraîche. T-shirt sur la chemise. Je paie pour ma négligence. Grand feu donc ce soir. Il en faut plus pour faire taire les scops dont j’adore définitivement les appels qui habillent la nuit de leur mystère. Ils s’interrompent quand même un bon moment vers 20h pour reprendre un peu plus tard.
Dîner : riz et fricassée de porc comme hier.
Tous couchés à 21h.
Je suis bien poisseux et je n’ai plus de chaussettes propres.
Vers minuit un violent coup de vent rabat la porte du cabanon laissée ouverte dans un fracas d’apocalypse. La tôle ça résonne du feu de dieu surtout quand on dort. Je dois me relever pour fermer cette porte. J’ai un peu de mal à me rendormir.
Autres piafs observés ce matin aux arrêts ornithos: Paradise flycatcher, african oriole (identifié grâce au spotting scope), crested barbet, Stierling’s barred wren-warbler, grey-headed kingfisher, Namaqua dove, purple roller.
Le white-browed scrub robin fait "tititi-tuu-tuu". Ne pas confondre avec le chinspot bâtis qui fait un "ti-tuu-tuu, ti-tuu-tuu" plus métallique.

Samedi 6 avril
chargement_Toyota Réveillé vers 5h15. J’écris quelques notes à la frontale. Je me lève à 6h. Jour de départ. Je commence à enfourner mes affaires dispersées sur le sol de la tente en vrac dans le sac.
Le ciel est couvert mais la température est heureusement bien remontée. Steve prépare le feu, et Mbéwé enterre les cendres, tout comme hier. Une hyène est venue cette nuit me dit Steve. Rien entendu évidemment. Je fais un petit tour sur la piste. Même concert qu’hier. Tourterelle du Cap barbante et calao à bec rouge rocailleux. Le scrub robin ornemente.
Petit déjeuner classique avant de finir de vider et de plier les tentes. Le chargement du Toyota est une aventure comme d’habitude.
Avant le décollage Steve nous briefe sur le programme de la journée. Trois pentads à explorer ou finir d’explorer.

En route. L’air est un peu frais. A la première grosse fondrière un joli little banded goshawk est occupé à s’abreuver. Il se perche à notre approche et se laisse photographier fort complaisamment, mais d’assez loin. Route comme hier vers Inyantue, puis plein ouest direction Shumba. Beaux paysages. Forêt d’abord, claire, de mopane, puis brousse arbustive clairsemée qui se densifie au fil de la route. La piste est mitée de fondrières impressionnantes, inquiétantes même parfois, qui témoignent de l’abondance de la pluie récente. Le Toyota rame bien pour les traverser, dans l’eau jusqu’à mi hauteur des roues, et il n’a pas trop de ses quatre roues motrices. On tremble un peu. Mais Steve est de glace, juste concentré. Dans la plus réfractaire il patinait totalement en s’enfonçant doucement, et il a dû en ressortir en marche arrière pour la passer sur le coté. Arrêt sur image pour un couple de double banded sandgrouse qui se chauffe les orteils sur la piste et ne manifeste pas d’intention de la quitter.
sandgrouse

Arrêt café à la mare de Tschompani. Site superbe (photos cartes postales). Mais pas d’aquifère à portée de forage dans le sous-sol, dommage. Visite d’un éléphant sur la rive d’en face, calao à bec jaune, african hawk eagle en vol, fête des papillons au bord de la mare. Juste un peu paradisiaque. Steve change le pneu AR gauche qui était lisse, pour mieux sortir des fondrières. Bonne idée.

tschompani scene_Tschompani On repart vers 11h45 pour s’arrêter un peu plus loin à Thendélé pan, petite mare riche en oiseaux. Bizarrement le paysage et la piste ne sont plus détrempés. Transition assez abrupte.
Les buissons et arbustes de Thendélé chantent le matin. Brubru, shaft-tail wydah (comme paradise mais la longue queue est fine, et l’oiseau plus élégant), hirondelles des fenêtres (encore là !? elles doivent savoir que le temps est pourri en Europe), lilac breasted roller, purple roller, Namaqua dove, wattled starling, …
lilac_roller On roule. Fin du pentad. 12h10 - Tshompani dam, gros haricot pas joli et désert. On ne s’arrête pas. Paysages divers, brousse arbustive dominante, puis forêt claire, puis savane bien sèche jusqu’à Shumba, étonnant contraste avec le secteur d’Inyantue. Vol de red-faced mousebirds. 13h à Shumba. Déjeuner. Un kingfisher d’un bleu fantastique passe dans le camp, Woodland kingfisher.
Dans un grand arbre qui héberge une colonie de buffalo weavers, un juvénile d’african harrier hawk(gymnopede) apprend à voler. J’installe la lunette. Il s’accroche aux branches, s’appuie sur les ailes, bascule les pattes en l’air. Burlseque, et totalement désopilant. Dommage c’est assez loin, trop pour faire des photos. Steve nous dit que ces rapaces s’installent souvent dans les arbres qui abritent des colonies de buffalo weavers. Ainsi ils ont le gîte et le couvert.
Route vers Masuma, mare nostrum. Arrêt d’une petite demi-heure. Les mêmes sont toujours là - un éléphant, quelques zèbres un peu à l’écart, qui ont bu ou qui vont boire, des impalas, le couple de grues qui va bientôt parader, blacksmiths, oedicnèmes, ruffs, échasses, garde-bœufs, et les gros hippos ombrageux, … et c’est toujours le même plaisir de les retrouver. Steve en a vite mare. On roule.
Arrivée à Sinamatella vers 16h. Déchargement du Toyota. Les punaises, qu’on avait un peu oubliées, sont toujours là aussi, moins nombreuses, mais plus dispersées, ce qui est pire. chauve-souris Une jolie chauve-souris tombe à nos pieds lorsque nous ouvrons la porte. Le temps de se réveiller (photo) et elle file.
Enfin une bonne bière assis avec Ariane sur le balcon de la plaine. En bas, éléphants, buffles, phacochères, koudous, impalas, aigle secrétaire, familles d’oies d’Egypte et de dendrocygnes sur la petite mare résiduelle. Trop chouette.
Ariane pense que le serpent est dans le tas de profilés métalliques empilés le long du mur du bungalow, d’après les traces qu’elle observe, et qu’elle montre à Steve. Il confirme cobra cracheur probable. Le trou sous le tas, orienté vers le dessous de la maison semble aller dans ce sens. J’espère que la bête n’a pas prévu de sortie de secours dans le plancher de ma chambre ou dans le placard à malices de Steve.
Oh la bonne douche ! On finit la bouteille de whisky avec Steve pour qui c’est le premier depuis longtemps. Il nous passe les relevés des observations et les cartes des pentads. Et il nous parle de son projet de musée (de la faune) du parc à Sinamatella. Bonne idée.
Dîner – Spaghetti à la bolognaise (version espagnole d’après Sue, olé ! pas al dente, mais pas pire). Nous parlons tourisme, et relations avec les visiteurs d’Afrique du Sud dont l’arrogance notoire (disent-ils) semble vraiment incommoder nos hôtes, Sue surtout. Puis nous parlons un peu du pompage, et de l’évolution du partenariat avec nous et PU et des moyens de Bhejane trust. L’association est largement adossée à la prospérité de Trevor, et surtout de sa femme qui est chef d’une entreprise prospère d’organisation d’événements (mariages etc…). Save (Australie) les soutient aussi très fort.
Coup d’œil sur le ciel nocturne, mais la fatigue et l’alcool conjuguent leurs effets et je m’endors un peu le nez en l’air.
22h à la chambre. J’enlève une couverture du haut de la pile posée sur un carton au contenu incertain au pied du lit et je vois se lever le long museau d’une très jolie souris, qui ne se précipite même pas aux abris, mais qui ne perds néanmoins pas de temps pour s’esquiver assez promptement. J’ignore ce qu’elle est devenue. J’aurais volontiers sympathisé.
gecko Réveil à 4h30. Un gecko se tortille au sol dans la lumière de ma frontale quand je reviens des toilettes. J’éteins, puis je rallume. Lecture de la notice Tenesol de montage panneaux/onduleur, notice GPS, notes de terrain.., et pour finir retour à la nuit.

Dimanche 7 avril
J’émerge à 6h. Petit tour dehors. Steve sort de son antre en même temps. Grand beau assez frais. Je mets un sweat pour le petite dej’. J’aime bien la confiture de groseilles à maquereaux (d’Afrique du Sud).
7h45 – Départ pour la mare Baobab. Passage à l’atelier où on embarque Ncostlat’ et on file. Mais au passage de l’entrée du camp – il est gardé avec barrière, bureau d’enregistrement, etc..- coup de sifflet bref. Marche arrière, Steve parle à l'officier des rangers qui l'a interpelé. Retour au centre opérationnel où on embarque deux rangers que Steve va déployer ensuite. Je tremble un peu car les heures nous sont comptées désormais. Mais il me rassure : 1) la pompe - 2) le déploiement. Bon.
On roule. Un jeune lion sur la piste. Lent et amaigri. Il s’écarte du chemin et se couche un peu plus loin. Photos. Steve dit que ce type de rencontre est très inhabituel. L’animal est malade et abandonné par ses parents, ou perdu. Sans parents il est fichu. Les rangers téléphonent pour informer les autorités.
Il fait bien frais.
tuyau Arrivés à Baobab nous déroulons le câble d’alimentation électrique de la pompe. Je profite de l’occasion pour mesurer la résistance des bobinages du moteur : environ 2 ohms. C’est le même ordre de grandeur que pour la pompe de Bumbusi-S en panne (1.5-1.7 ohm). Cette mesure confirme que le moteur est vraisemblablement en état de fonctionnement et que le problème est ailleurs. Ensuite je monte la prise sur l’onduleur. Une vraie usine à Gaz. Avec un serrage par clef allen 2 mm dans l’axe de la pinoche de contact, difficile à desserrer s’il faut reprendre le montage, et impossible après un an de fonctionnement (cas du connecteur de Bumbusi-S). Belle invention. Une fois terminé le montage, tout est connecté, prise branchée sur l’onduleur et j’appuie sur le bouton "Marche" (autorisé par la procédure avec la pompe hors d’eau, pendant quelques secondes). La pompe tourne. Stop. Les opérations s’enchaînent ensuite assez vite. descente_pompe Déroulement du tuyau. Pose de liens pour tenir tuyau, et câble d’alimentation ensemble de manière contrôlée. Extraction de l’ancienne pompe – de faible capacité de pompage - qui va aller sur un autre site. Attachement du câble de sécurité sur le bloc moteur-pompe et descente du tout dans le forage. J’oublie mon mal au dos pour le plaisir de descendre la pompe dans son puits. Le forage est plus profond que ne le permet le tuyau de sortie (profondeur nominale 60 m définie par Steve/Trevor). Installation de la tête de puits à laquelle on attache le câble de sécurité qui retient la pompe. Steve installe un premier raccord à l’extrémité du tuyau. Instant critique. Petite bouffée d’adrénaline. J’appuie sur "Marche". Je n’entends rien (près de l’onduleur), les autres si diront-ils, concentrés, le nez sur la sortie du tuyau. Les secondes défilent, …, 21, 22, 23, 24, 25, …. , pchouououou. Ça coule comme le bras. Ouououf ! Sourires partout d’abord, puis rires aux éclats et claques dans le dos. Arrêt pompage. Raccord provisoire rapide sur la canalisation qui va à la mare. Remise en route.

elle_coule_1 elle_coule_2 elle_coule_3 Nous sommes le dimanche 7 avril, il est 11h. L’eau de la pompe solaire du Pic Vert et de la fondation Le Pal Nature coule dans la mare Baobab. Mission accomplie. Mesure rapide du débit avec un seau de vingt litres qui se remplit en 11 secondes, soit environ 1.8l/s (estimation conservative), soit largement plus de 30 m3/jour. Les gentils monstres ne devraient pas crever de soif devant la mare asséchée en octobre-novembre prochain. Mieux, si l’aquifère tient ses promesses, la petite zone humide dans laquelle se déverse la mare devrait être aussi alimentée et assurer sa fonction pour tout l’écosystème qu’elle héberge.
grenouille C’est la grande détente. Chacun savoure le sentiment de grand soulagement qui a envahi les têtes et un peu anesthésié les esprits. Nous admirons longuement le beau déversement du superbe jet d'eau projeté dans l’abreuvoir, puissant, cristallin, étincelant.
Mais c’est la panique chez les petites grenouilles du bassin dans lequel le niveau monte rapidement (environ 50 cm en une heure). J’en trouverai deux mortes dans l’heure qui suit. J’espère qu’elles ne se sont pas noyées.

La réalité nous rappelle à l'ordre. Steve part déployer les deux gardes. Compter deux heures dit-il. Pendant ce temps j’installe la protection contre la foudre. Paradoxalement le piquet métallique d’un bon mètre cinquante de long se plante sans les difficultés que j’anticipais. C’est bouclé en une vingtaine de minutes. Je dois laisser une partie de la pose en attente des rondelles et écrous des piétements de la structure qui assureront fixation mécanique et contact électrique.

A l’heure du déjeuner vers 12h50, l’abreuvoir est presque plein. Il a grossi de 6000 litres environ en une grosse heure. Steve revient bien avant l’heure prévue. Les gardes ont changé d’avis dans la crainte de se retrouver sans eau. A 13h l’abreuvoir commence à se déverser dans la mare. C’est vraiment trop chouette. Tout l’écosystème local va en profiter. Des centaines d’hirondelles passent en vagues successives pour s’abreuver dans la mare. Le bateleur indifférent décrit dans le ciel ses élégantes cycloïdes. Les oies d’Egypte ont disparu, sans doute pas très loin.
plaque_commémo

Steve et Ncostlat’ enterrent provisoirement le câble d’alimentation électrique de la pompe. Nous avons oublié de le passer dans sa gaine avant de monter la prise, Steve s’en occupera plus tard. Il s’occupe aussi de fixer la plaque commémorative sur la structure. Un mauvais foret et une bonne perceuse sont une mauvaise mais praticable solution pour percer 5 mm d’alliage d’aluminium. Photos.
Nous commençons à rembarquer le matériel dans le Toyota. Un peu avant 15h le pompage s’arrête spontanément. L’ombre portée du mopane à l’ouest des panneaux couvre environ 35-40% de la surface et le soleil a baissé. C’est suffisant pour provoquer l’arrêt normal du moteur. L’onduleur affiche un voyant vert rassurant. Steve appréciera la nécessité de couper une ou deux grosses branches de l’arbre en fonction des besoins. Pas d’urgence à ce stade.

SMS de Magali sur le tel d’Ariane d’où j’avais écrit (avantage à SFR vs Orange), qui demande de mes nouvelles. Je lui réponds que ça baigne...

A&M

épervier_Shika On rentre. Adieux à Ncostlat’ qu’on dépose à l’atelier. En montant le chemin vers la maison, un little banded goshawk (épervier Shikra) nous offre un épilogue très apprécié à cette journée. Il est posé sur une branche d’un petit arbre au bord de la piste, l’air de ne pas savoir où aller, bien visible. Habitué des lieux dit Steve. Ariane le reverra demain matin. Il nous faut un peu de temps pour réaliser qu’il tient une proie, genre gros campagnol que Steve identifiera. Mitraillage photo en règle évidemment.
la_plaine Rafraichissements, détente dans la flottante euphorie du projet abouti. Ariane s’installe au balcon de la plaine.
Je transfère mes photos sur le Mac, puis je colle un message depuis la messagerie de Steve aux instances ou personnes impliquées à quelque titre dans le projet, et je réponds à Tenesol qui a réagi à notre message sur la panne de la pompe #1 avec quelques précisions supplémentaires.
Douche, bière, notes. Un couple de jeunes visiteurs débarque devant chez Steve et discute avec lui pendant que je suis attablé sur la terrasse à rédiger des notes. Ils se déplacent jusqu’au balcon sur la plaine où Ariane se joint à eux. Au bout d’un moment je les rejoins. Ils sont français. Lui est thésard lié au groupe HERD (CIRAD/CNRS) anthropologue/écologiste, basé à Main Camp. Il travaillera sur l’interface population-animaux (U. Montpellier). Elle, sa copine, retourne en France. Ils sont d’Aix-les-Bains. Des voisins donc. Nous parlons longtemps, autour d’une bière, des sujets du lieu. Discussion agréable. Ils déclinent une invitation à partager le repas du soir, après avoir hésité.
punaises Dîner au milieu des punaises. Elles sont partout, sur les murs et volent autour de nous sur la terrasse, et se posent volontiers sur la table. Steve dit qu’il n’ose pas soulever la toile cirée. Il faut bien surveiller son assiette. Sue a fait cuire des cotes de porc. Steve ouvre une bouteille d’un excellent Chardonnay d’Afrique du Sud auquel nous faisons un sort avec l'empressement retenu qui convient. Alors, ce qui devait arriver arriva. Ariane croque une punaise imprudemment installée sur sa côte de porc. Impossible ne pas s’en rendre compte. Elle se fige soudain dans un gémissement évocateur que tout le monde comprend immédiatement, grimace aussi peu que possible devant S&S atterrés, et moi compatissant. Angoisse. Mousse au chocolat en dessert. Délicieuse. Que d’autres apprécient aussi, dans mon assiette, et à mon insu. Et c’est à mon tour de croquer un monstre. Tous ceux qui ont un jour senti l’odeur que répand la punaise que l’on vient d’écraser (accidentellement ou pas) comprendront mon malheur. En rédigeant ces lignes, l’horrible odeur me revient submerger les neurones et les papilles. Beuuuuuuurk ! Folle envie de courir cracher cette horreur et boire n’importe quoi qui vous la fasse oublier. Mais non, j’ai été digne. On ne vomit pas la punaise que l’on vient de croquer sur la table d’un sujet de Sa Gracieuse Majesté la Reine d’Angleterre à laquelle on a été invité. Bien droit, les mains posées sur la table, je déglutis héroïquement, après quoi je bois une bonne coupe de Chardonnay. S&S me regardent d’un air désespéré, et Ariane itou, la compassion a changé de camp. I made it ! Bof, après tout c’est que des protéines.
Steve nous annonce que PU vient de donner son accord pour le programme de missions proposé par Bhejane Trust. Elles reprendront en mai. Bonne nouvelle. Il nous raconte aussi que les rangers ont eu la surprise de découvrir récemment dans le secteur au cours d’une patrouille un superbe rhino noir, adulte, cornu à souhait, et totalement inconnu, ni immatriculé ni identifié, venu d’on ne sait où. Y a de la fée dans l’air.
Astronomie digestive ensuite. Ariane veut voir le Scorpion. Coup d’œil sur ma carte, il est à la longitude opposée d’Orion (à la louche). Donc tu devras attendre 3-4 h du matin Ariane, pour voir se lever ta belle constellation. Mais je n’ai pas regardé précisément la latitude. En fait le Scorpion n’est pas très loin du pôle sud et il est déjà en dessus de l’horizon. Steve nous le prouve, grâce à son guide hémisphère sud, imbattable. Hé oui, la grosse rouge là-bas juste en dessus de l’horizon, c’est Antarès. Autant pour moi.
Retour à la chambre vers 22h. Horrible odeur de punaise dans le couloir - écrasée(s) au sol sans doute.
Heureusement ma chambre est respirable. Porte bien fermée ce soir contrairement aux autres soirs. Réveil vers 2h30. Il fait une chaleur étouffante. Je mets le ventilateur en route. 3h15 j’éclaire mon insomnie, quelques notes dans mon carnet, quelques pages du Mahabarata à la frontale, et je me rendors une demi-heure plus tard.

Lundi 8 avril
Je commence à faire mes sacs. Réveil 6h15, un peu pâteux. La piqûre d’insecte (ou morsure d'araignée) nocturne, vieille d’une semaine maintenant, me fait toujours mal. Le sol de la salle commune est constellé de punaises. J’attrape une balayette de paille africaine et je vire autant que possible l’infecte calamité. Ce pays n’a pas que des beautés. Sue surgit, qui m’enlève l’instrument des mains et le remet en déco accroché au mur en marmonnant entre ses dents un truc incompréhensible comme elle sait le faire, d’évidence pas un compliment. Aïe ! l’incident diplomatique menace. Je n’insiste pas.
Enregistrement sur une idée d’Ariane les sons du matin. Pas exceptionnellement riches.
Petit dej’ de céréales et toasts comme d’habitude. Le dernier ici.

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Ensuite longue matinée d’affût photo devant l’abreuvoir-baignoire des piafs. Chacun sa boite sur pied ou trépied (Gitzo modèle 1970 dans mon cas). Quelques espèces défilent de manière récurrente devant nos objectifs : blue waxbill, baigneurs invétérés qui viennent s’asperger tous les quarts d’heure, Jameson’s firefinch (ou red-bill ?) qui les accompagnent souvent, trogons, white-browed sparrow-weavers, …Un superbe cardinal woodpecker fait un bref passage le long du tronc sous notre nez sans que nous ayons le temps de réagir. Un couple de tourterelles (green spotted dove) fait des passages réguliers mais notre présence les effraie. Le couple de francolins du Natal hésite aussi à s’approcher. Une huppe pâture méthodiquement à l’écart l’espace ombragé entre les bungalows et le bord du plateau à l’ombre des arbres. Pendant que j’étais retourné à la chambre Ariane a vu le little banded goshawk enlever impitoyablement à la volée, l’un des deux jeunes écureuils qui jouaient le long d’un tronc d’arbre. La loi de la jungle dans la cour de la maison. Ni les écureuils, ni les mangoustes naines, ne sont venus s’abreuver, dommage.
Appel de bearded scrub robin (agrobate à moustache, quel nom amusant, très début de XXème siècle), l’un des plus beaux chants d’oiseaux de la brousse du Zim d’après Steve (type de chant très musical et modulé, comparable à celui à la fauvette à tête noire de nos jardins).

allinthefamily 12h – On finalise le bouclage des sacs, puis déjeuner suivi d’une brève sieste. 14h30 – Après un dernier regard sur la plaine, et la photo de famille, embarquement sur le Toyota et en route pour Hwange ville. Beuh, tristes de quitter ce lieu qui nous a un peu adoptés, et réciproquement, après un dernier coup d’œil sur la plaine majestueuse et vénérée. Salut en passant au dernier baobab avant la sortie du parc, colosse solitaire, silencieux et immuable, sentinelle séculaire dont les mille bras noueux et tourmentés écrivent sur le ciel l’histoire millénaire de ces lieux. Sortie du parc et retour à la civilisation, enfin. Accueil chaleureux de ladite civilisation avec la révérence cordiale et impétueuse d’un premier camion de la mine, qui passe en vrombissant et nous plie en deux sous une déferlante de poussière. Hoquets.
Nous arrivons avant 16h à Hwange. Steve fait un détour par le marché où il nous trouve deux haches ndébélé. Je découvrirai plus tard que le manche de la mienne est un peu voilé. Mais ainsi j’ai un modèle et j’en ferai une en frêne pour mes loupiots (elles sont en mopane ici, et les bonnes pannes sont en ressort de lame d’amortisseur de véhicule de terrain, le meilleur acier possible pour cet usage m’a-t-on dit). Pas de $ pour les européens au distributeur poli de la banque locale. Il vous identifie et vous salue mais rien d’autre. Et puis, il faut nous séparer. Adieux déchirants comme d'habitude, Sue la larme à l'oeil, Steve chaleureux comme un anglais qui s'oublie et sort de sa réserve. Et une grosse grande tape émue sur la carrosserie du Toyota, le vrai héros de cette histoire, hommage à son indéfectible fidélité, à sa capacité à faire face à toutes les situations, à surmonter toutes les difficultés, à nous avoir servis sans faillir à chaque instant de cette entreprise. J'espère que Steve va lui trouver vite une nouvelle rotule de direction.
A 16h nous embarquons dans le même taxi qu’à l’aller. En cours de route Ariane propose d’aller à Chobe au Botswana demain. Elle l’a déjà fait dit-elle et c’est magnifique. Va pour Chobe. A Vic Falls Vers 18h, nous passons à un distributeur plus collaboratif avant d’arriver au portail de Lorrie’s B&B où la fée Lorries apparaît immédiatement. Emotion et embrassades. chambre Nos chambres sont prêtes, chouettes. Le jardin n’a pas changé.

Le temps de poser les sacs et de passer sous une douche tellement indispensable, et nous nous retrouvons au bar où Georges, 82 ans au prunes, grand maître des cérémonies et irremplaçable gardien du temple, remplit avec zèle sa fonction, donc les verres, et aussi consciencieusement les cendriers en pestant contre le prix des cigarettes et les maudites et sinistres exhortations qui décorent les emballages de ses clopes préférées en essayant de lui donner mauvaise conscience. Trevor est là aussi – il est là souvent - qui nous fête chaleureusement avant de reprendre un whisky en nous invitant à en prendre un aussi, ce que j’accepte volontiers, pour une seule unité, quand lui les aligne avec beaucoup de méthodique application (+3 en trente minutes)… Nous parlons pompes évidemment. Il ira à Zambezi demain – un autre parc national à l'ouest de Vic Falls coté Botswana le long du Zambèze, qu’il essaie de rendre à ses occupants naturels - pour voir une mare qu’il veut équiper d’un pompage grâce au financement d’une fondation. Je lui propose de contacter Thibaud pour un devis, ce qu’il fera. Il nous propose de venir avec lui, ce qui serait intéressant si nous n’avions le projet d’aller à Chobe. J’élude. Lorrie s’occupe de la réservation pour Chobe.
bar_Lorrie Elle nous invite à passer à la salle à manger pour le dîner. OOOOOhhh ! La girafe ? la girafe qui attendait morose à coté du grand buffet depuis septembre 2009 son billet pour la France, a disparu ! ? Lorrie est convoquée. Lorrie please, où est la girafe de A&O ? Expliquez vous ! I am so sorry, dit-elle confuse, ma jeune chienne que je venais juste d’adopter l’a bouffée dans un élan d’enthousiasme affectueux un matin pendant que j’avais le dos tourné. Quel triste destin pour ce fier symbole du colonialisme touristique (cf journal 2009). Ainsi finit tragiquement l’odyssée à la Joyce de la girafe de A&O qui n’aura vécu que des rives du Zambèze à la salle à manger de Lorrie sans pouvoir jamais rejoindre le salon parisien où elle avait sa place réservée. Requiem ou Exultate Jubilate ?
Resa Chobe confirmée.
Le dîner est superbe. Passage au bar ensuite pour dire bonsoir à Lorrie accoudée derrière son bar et derrière une bière (de plus). Elle a d’évidence très envie de parler. Nous y passons un bon moment. Un jeune gars sympa est là, dont elle nous dit qu’il a travaillé des mois pour Paul (de DART) à Main Camp, sans être payé. A mettre au dossier de l’intéressé. Sans foi ni loi.
22h à la chambre. Je ne me suis jamais couché aussi tôt que pendant ces deux derrières semaines. Préparation du matériel photo pour demain. Quelques pages du Mahabarata avant de dormir.
Bref réveil. Bouche sèche.

Mardi 9 avril
6h15 – Beau chant d’oiseau au lever du jour vers 6h, que je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu à Sinamatella. Préparation du sac pour la journée à Chobe. 7h - Lorrie m’attend dans la salle à manger avec le voucher pour l’admission à la visite de Chobe. Je le pose sur la table. Ariane arrive et nous petit-déjeunons, œufs brouillés, céréales, yaourt, toast et enfin du beurre. Petit régal, un peu trop vite avalé. Il fait beau.
Départ 7h15 en taxi. Route vers le Botswana via Vic Falls. Beaux paysages, qui dominent la vallée du Zambèze au creux de laquelle on aperçoit le fleuve. Passage de la frontière sans difficulté. Un second véhicule nous emmène de la douane du Zim à celle du Botswana. Procédure rapide à l’immigration. Un troisième véhicule nous attend de l’autre coté pour nous amener à destination (Kalahari Tourism) en un gros quart d’heure. Le peu qu’on aperçoit du pays montre une économie touristique florissante. Les locaux de l’accueil sont de bon aloi. Petit déjeuner (non merci) et café (avec plaisir) nous sont offerts en attendant la prise en charge par un guide (une grosse demi-heure). Le programme ce matin est une excursion sur la rivière Chobe. Il faut payer nous dit-on ! Aaaargh ! J’ai laissé le voucher sur la table de la salle à manger. Ariane me regarde d’un œil désespéré. Je m’explique auprès des préposés à l’encaissement. Ils ont une liste griffonnée sur la table devant eux. What’s your names ? Ariane & Michel. Je lis leur liste à l’envers. Pas d’Ariane & Michel. Ah ! je vois Lorrie. That’s it ! dis-je en montrant du doigt et expliquant. Sourires d’approbation libérateurs. Ouf ! grosse frayeur évanouie. On embarque bientôt sur un bateau qui n’est pas à l’échelle attendue. Gros truc à deux ponts pour touristes américains. Lesquels arriveront d’ailleurs bientôt. Photos des hirondelles (wire tailed swallow) qui se posent sur la balustrade, en attendant le départ. Finalement nous partons avec une trentaine de passagers répartis sur les deux ponts. Nous restons en bas pour être au plus près de la faune. Il fait beau, l’ambiance est agréable, et les gens sympathiques.
rivière_Chobe La rivière Chobe constitue sur une cinquantaine de km la limite sud d’une immense plaine d’inondation enserrée entre son cours et celui du Zambèze. Cette immensité est un fantastique sanctuaire de faune sauvage. Mais nous sommes en période de (particulièrement) hautes eaux et la plaine est totalement submergée, et elle n’est pas accessible aux mammifères qui se contentent alors de fréquenter les rives du fleuve et des rivières. En période sèche, de basses eaux, terre et eau sont intimement mêlées sur plusieurs milliers de km2 et toute la plaine est alors accessible à une population de mammifères d’une extraordinaire richesse, et ce delta devient alors un réel paradis de la faune sauvage d’Afrique Australe. Les immenses roselières qui parcourent cette zone de marais sont néanmoins l’habitat et le refuge de nombreuses populations d’oiseaux pendant toute l’année, et nous en profitons aujourd’hui.

La croisière dure environ deux heures au cours desquelles le bateau s’arrête lorsqu’il y a quelque chose à voir, près de la rive (éléphants, crocos, aigle pêcheur, impalas, oiseaux) ou en pleine eau pour les hippos. Retour vers midi. Déjeuner à l’ombre. Buffet de bonne qualité. Ariane me dit que lorsqu’elle est venue en fin de saison sèche, il y avait dix fois plus d’animaux. Ce n’est pas vraiment une déception pour autant.

13h15 – Après le café nous embarquons sur des véhicules de tourisme (nacelles 8 personnes au moins) et nous partons pour l’intérieur du parc de Chobe (11700 km2). C’est très beau, très riche en animaux, avec beaucoup d’éléphants et de bébés éléphants, mais c’est un peu le zoo ouvert. Les impalas s’écartent à peine du chemin. Ils pourraient venir vous manger dans la main.

Chobe_1 Chobe_2 Chobe_3 Chobe_4
Vautour sur son nid, plein de guêpiers, rolliers, et un beau troupeau de buffles avant de repartir, là encore pas du tout farouche. Un vrai troupeau de vaches. Mais tellement photogéniques (j’ai merdé mes photos, surex). Retour à la base touristique vers 16h15 et procédure inverse, le même chauffeur nous ramène à la frontière. Pas d’incident. Petits somme au cours du voyage retour. A 18h nous sommes chez Lorrie. Fin d’une journée agréable.
Douche et bière. Nous faisons réserver deux places pour le tour en hélico au-dessus des chutes demain matin. Dîner 19h15. Nous discutons le plan d'activités, serré, pour demain matin (vol à 13h25). Après l’hélico nous filerons faire quelques courses.
De retour à la chambre je prépare les sacs pour le retour en France. Mettrai-je le gros téléobjectif zoom dans le gros sac (1.9kg !). J’hésite. J’arrange tout de manière à minimiser le travail de bouclage demain.
Un bout de Mahabarata avant d’éteindre à 22h30.

Mercredi 10 avril
ariane_helico 6h - Réveil avec les premiers chants d’oiseaux. Brève toilette. Et décision : le télé ira, bien emballé, direct dans la valise et pas dans l’hélico. Examen de mon Lumix qui me change la balance des blancs quand j’active la touche de blocage AF. Pas compris. Fausse manip probable. 7h au petit dej’, aussi bon qu’hier. Nous payons la facture d’hôtel et les ballades à Lorrie. Elle n’a pas retrouvé le voucher de Chobe. Mystère. A 8h30 un taxi nous amène à l’héliport en dix minutes. C’est l’usine à touristes. Il y a déjà du monde. Nous regardons partir une première fournée. Petit briefing par un employé sur le programme de vol (13 minutes pour 150$). J’achète un collier et un bracelet à la boutique en plein air pour mes petites filles en attendant notre tour, lequel ne tarde pas.

J’invite Ariane à monter devant. Je prends une bonne place fenêtre derrière. Nous sommes 7 dans l’appareil. Treize minutes c’est court mais le spectacle est vraiment d’une fantastique beauté. Le cours du Zambèze paisible en amont des chutes, les chutes furieuses, écumantes, et leur nuage permanent et mouvant, turbulent et mystérieux, et les méandres du canyon en aval, abyssal sous son voile léger de brumes évanescentes, vous transportent littéralement. Une fois de plus je cède au besoin compulsif de tout mettre (mal) en boite et je vois le paysage à travers le viseur des appareils photos. C’est aussi vite fini qu’intensément vécu.

hélico_1 hélico_2 hélico_3 Nous abrégeons les propositions commerciales qui suivent et un véhicule nous ramène courtoisement en ville (pour le prix ils peuvent offrir un taxi gratis). Chacun de son coté. Pas de marché artisanal pour moi. J’ai déjà vu deux fois. Je traîne un peu dans les boutiques, j’achète un T-shirt pour Lou ou Violette. J’en ai vite mare et je m’installe à l’ombre sur une terrasse où je prends un café. Je laisse un bon pourboire à la serveuse timide et souriante, et l'idée de la bonne surprise qu'elle va avoir me ravit. Un peu en avance sur l’heure du rendez-vous j’ai le temps de voir un phacochère traverser nonchalamment l’avenue et venir pâturer la pelouse devant la poste à l’ombre d’un grand arbre à coté d’un jeune clochard à l’air déboussolé. Et j’ai aussi le temps de refuser de vendre ma chemise (origine Niger) à un monsieur à qui elle plaisait et qui me proposait de l’acheter, et qui admettait mal que je refuse de vendre un cadeau de ma grande fille auquel je tiens énormément.
phaco@vicfalls Ariane est (presque) à l’heure. On file. Bouclage des valoches. Lorrie nous fait choisir chacun un pagne africain (pièce de tissu) en cadeau. Elle a un peu la larme à l’œil. Allez, good bye fare thee well. Le taxi est là. On file. Longue file d’attente à l’enregistrement. On passe les derniers. Nous voyagerons séparés, et loin des hublots. Pas le temps de visiter la boutique dans la salle d’embarquement car on embarque tout de suite, 40 minutes avant le départ. Résultat on attend 20 minutes dans l’avion prêt à partir.
Vol sans histoire. Quatre heures à tuer à Joburg. Shopping à nouveau. J’achète une bricole pour tout le monde. Les bijoux sont moches. Ceux de Vic Falls bien plus beaux (malachite en particulier). Je retrouve Ariane pour un café. Je lui parle de l’ile et je lui raconte Xynthia au Boutillon. Embarquement et décollage ordinaires. Hôtesse assez déplaisante pendant le vol (SAA--). Repas ordinaire. Piégé à nouveau dans la travée centrale de l’avion je dois enjamber une fois ou deux la vieille dame à ma droite pour les escales techniques aux toilettes. Je regarde Ghost Writer (R.Polanski). Fort. Bizarre impression d’avoir déjà vu la dernière scène. Je roupille de 23h15 à 4h30 sans défaillir, moyennant de fréquents retournements. Réveil ordinaire à cette altitude. Petit déjeuner dégluti sans passion. L’avion a 15 minutes de retard (7h10) et j’anticipe que le même bazar noir de l’interminable attente au contrôle d’immigration puis au contrôle des bagages va me faire manquer ma correspondance à Heathrow. En 2011 j’avais 1h40 et j’ai du courir pour avoir l'avion pour Lyon. Là il me reste 1h15. Mais pas de panique. Y a un avion à 11h. Atterrissage en douceur. Débarquement fataliste. Je retrouve Ariane. Il pleut à Londres.
Et, miracle, pas de contrôle d’immigration (plus ? disparu ?). Attente zéro au contrôle de bagages. Bravo Heathrow ! J’espère que CdG a fait de même. En dix minutes nous sommes dans le hall des départs.

Jeudi 11 avril –
Le vol de Lyon n’est pas ouvert, mais la boutique terres de whisky en face de nous, si. Ce sera Glenrothes et Edradour. On se pose cinq minutes. Ariane enlève ses tongs pour une option plus continentale et septentrionale. Mon vol est ouvert. Elle m’accompagne encore un peu. Et puis les bisous, comme c’était chouette, vivement la prochaine pompe… Et je file.
Au boulot. Je commence à écrire le rapport de mission pour la FRAPNA dans la salle d’embarquement.
Vol sur Lyon d’une banalité qu’il faut savoir apprécier. Ma valise sort la seconde de la gueule béante du carrousel. Jour de veine. En courant un peu j’attrape la navette de 11h30 pour Grenoble et je suis à 12h30 à la gare routière où Magali m’attend.

- Épilogue -
Mamady, mon filleul guinéen (parrainage républicain), m’a dit au téléphone quand l’ai appelé en rentrant, "Allo Michel, Bonne arrivée !" à la mode africaine.


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